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Kenya : Nairobi n’est pas le lot de consolation de l’Élysée : le cri de la rue face au pivot de Macron

Photo d'illustration

Le 13 mai à Nairobi, le tapis rouge était à peine replié au Centre international des conférences Kenyatta (KICC) que le parfum de la contestation flottait encore sur la capitale. Le sommet Africa Forward, coprésidé en grande pompe par Emmanuel Macron et William Ruto les 11 et 12 mai 2026, devait acter une « refondation historique » des relations franco-africaines hors de leur zone de confort francophone. Mais pour une frange grandissante de l’opinion publique, des intellectuels et de la société civile kényane, le message envoyé à l’Élysée est sans équivoque : le Kenya refuse d’être le plan B d’une France en déroute sur le continent.

 « La France a été chassée du Sahel, sa suprématie est brisée dans son ancien pré carré, et elle cherche aujourd’hui un refuge anglophone pour sauver ce qui reste de son influence en Afrique. Nous ne serons pas son lot de consolation ». Cette déclaration, captée lors des manifestations citoyennes qui ont émaillé les marges du sommet à Nairobi, résume à elle seule le scepticisme ambiant.

Pour les observateurs panafricains, le timing de ce rapprochement spectaculaire de Paris, marqué par la signature de plus d’un milliard de dollars de contrats bilatéraux, ne relève pas du hasard. Après les camouflets stratégiques essuyés au Mali, au Burkina Faso et au Niger, suivis d’une remise en cause systémique de la présence française par la jeunesse d’Afrique francophone, Paris tente de pivoter vers l’Afrique de l’Est. Un basculement opportuniste qui irrite à Nairobi, où l’on refuse de servir de caution à une puissance perçue comme « aux abois » sur le plan diplomatique.

Sur les tribunes officielles, Emmanuel Macron a multiplié les gages de bonne foi, affirmant que la France ne venait pas en « prédateur » et plaidant pour des investissements directs plutôt que pour l’aide publique au développement. De son côté, William Ruto, chantre du pragmatisme économique, s’est félicité de ce partenariat axé sur l’innovation et la « Silicon Savannah ».

Pourtant, dans les colonnes des médias locaux et sur les réseaux sociaux kényans, le ton est nettement moins feutré. Les critiques fusent de toute part contre ce qu’une partie de la population qualifie de « diplomatie du portefeuille ». La crainte majeure ? Que les accords sur la modernisation du réseau ferroviaire de Nairobi ou la transition énergétique ne soient que le cheval de Troie d’une nouvelle forme d’ingérence, transposant les travers de la « Françafrique » dans un espace souverain qui a construit son histoire, pierre après pierre, sans Paris.

Le Kenya, forte puissance de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), se targue de traiter avec les géants mondiaux, de Pékin à Londres en passant Washington, sans le complexe d’une mémoire coloniale partagée. Pour la jeunesse kényane, voir leur pays s’aligner si ostensiblement avec Paris, au moment précis où le reste du continent exige une déconnexion des réseaux d’influence français, apparaît comme un contresens historique.

« Si la France veut reconstruire sa crédibilité en Afrique, elle doit d’abord solder ses comptes et écouter les aspirations de souveraineté qui montent de Dakar à Niamey. Elle ne peut pas simplement sauter par-dessus la barrière linguistique pour faire oublier ses échecs », analyse un éditorialiste basé à Nairobi.

Le sommet Africa Forward de mai 2026 aura certes permis d’acter d’importants transferts de capitaux. Toutefois, sur le plan de la guerre des récits, l’Élysée commettrait une grave erreur de calcul en pensant que l’Afrique anglophone est amnésique. À Nairobi, la vigilance reste de mise : le Kenya entend rester maître de son agenda multipolaire, loin des stratégies de repli d’une ancienne puissance coloniale en quête d’oxygène géopolitique.

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