
Le Kenya veut renforcer sa position de pôle numérique en Afrique de l’Est, notamment grâce aux investissements dans les centres de données et l’intelligence artificielle. Mais autour de Naivasha, cette dynamique se heurte à une ressource déjà sous pression : l’eau. Le projet de data center porté par Microsoft et G42 à Olkaria illustre cette tension entre développement numérique, besoins industriels et disponibilité des ressources hydriques.
Le développement des infrastructures numériques prend une nouvelle dimension au Kenya. Le gouvernement considère les centres de données et les services cloud comme des secteurs stratégiques pour l’économie numérique et présente le pays comme une porte d’entrée technologique vers l’Afrique orientale et centrale. Cette orientation s’accompagne de plusieurs projets d’infrastructures destinées notamment aux applications d’intelligence artificielle.
À Olkaria, près du lac Naivasha, le projet annoncé en 2024 par Microsoft et l’entreprise émiratie G42 prévoit un investissement numérique évalué à 1 milliard de dollars. Le futur campus devait fonctionner à l’énergie géothermique et pourrait, à terme, atteindre une capacité de 1 gigawatt. En mai 2026, son développement a toutefois été suspendu dans l’attente d’une capacité électrique suffisante. Le projet reste au stade de la conception, selon KenGen, l’opérateur kényan de la géothermie.
La question de l’eau demeure néanmoins centrale. Microsoft et G42 ont indiqué que leur installation intégrerait des technologies de conservation de l’eau, sans publier de prévision précise concernant sa consommation hydrique. Cette absence de données spécifiques empêche, à ce stade, de mesurer précisément l’incidence du projet sur les ressources locales.
Le contexte régional explique les préoccupations exprimées par des habitants et des acteurs locaux. Selon la FAO, le Kenya dispose d’environ 527 mètres cubes d’eau douce par habitant, un niveau inférieur au seuil international de 1 000 mètres cubes définissant la situation de pénurie hydrique. Cette disponibilité pourrait tomber à environ 475 mètres cubes par habitant en 2030.
Le bassin de Naivasha concentre plusieurs usages : agriculture, élevage, tourisme, consommation domestique et activités industrielles. Une étude d’impact de KenGen indique qu’en juillet 2023, 195 165 mètres cubes d’eau avaient été prélevés dans le lac pour les usages domestiques et commerciaux liés notamment aux opérations d’Olkaria et d’Eburru. Sur ce volume, 153 918 mètres cubes étaient destinés aux opérations commerciales d’Olkaria. Ces chiffres concernent les activités existantes et non le futur data center.
À l’échelle mondiale, la consommation d’eau des infrastructures d’intelligence artificielle constitue également un sujet croissant. Une étude publiée dans Water Research estime que l’empreinte hydrique mondiale de l’IA pourrait atteindre entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes en 2027.
Le cas kényan illustre ainsi une question plus large : comment développer des capacités numériques importantes dans des territoires où les ressources naturelles sont déjà sollicitées ? Pour le Kenya, l’enjeu consiste désormais à concilier attractivité technologique, transparence sur les consommations et gestion durable de l’eau. À Naivasha, cette équation devra être examinée avant toute montée en puissance significative des infrastructures d’intelligence artificielle.










