
À la suite du coup d’État du 26 novembre qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló, la junte militaire de Guinée-Bissau, réunie sous l’appellation de Haut Commandement militaire, a adopté une charte de transition destinée à encadrer la conduite des affaires publiques durant les douze prochains mois. Ce texte de 29 articles marque une nouvelle étape dans la reconfiguration institutionnelle du pays après la suspension de la Constitution par les officiers putschistes.
La charte nomme le général de division Horta N’tam, président par intérim et confirme le Premier ministre Illidio Vieira Te dans ses fonctions, mais interdit à ces deux figures de se présenter aux prochaines élections. Cette disposition, destinée à éviter toute instrumentalisation politique de la transition, rappelle les mécanismes adoptés dans d’autres contextes régionaux récents. En Guinée, par exemple, la charte issue du putsch de 2021 avait empêché le chef du coup d’État, Mamady Doumbouya, de briguer la magistrature suprême, une limitation depuis supprimée par une nouvelle constitution adoptée, permettant désormais à Doumbouya d’être candidat au scrutin présidentiel qu’il a récemment remporté.
En Guinée-Bissau, le Haut Commandement militaire se voit confier un rôle central dans la refonte institutionnelle. Il dirigera les réformes juridiques et constitutionnelles, notamment la rédaction d’amendements à la Constitution suspendue, la création d’une nouvelle Cour constitutionnelle et la révision du cadre réglementaire des partis politiques. Il supervisera également la mise en place des nouveaux organes électoraux, étape cruciale pour la crédibilité du futur scrutin.
La transition s’appuiera en outre sur un Conseil national de transition (CNT) composé de 65 membres, dont dix officiers supérieurs représentant le Haut Commandement militaire. Chargé d’assurer les fonctions législatives, le CNT aura pour mission de valider les textes de réformes et d’accompagner la remise en marche progressive des institutions. Cette structure mixte, associant militaires et civils, est présentée comme un mécanisme de stabilisation et de concertation politique.
La charte fixe un horizon électoral à l’issue de la période transitoire d’un an. Le président de transition aura la prérogative d’annoncer la date précise des élections présidentielle et législatives, censées marquer le retour à l’ordre constitutionnel. Reste à savoir si ce calendrier sera respecté, dans un pays où les ruptures institutionnelles et les tensions politico-militaires ont souvent entravé les cycles électoraux.
En établissant ce cadre transitoire, la junte entend consolider son contrôle tout en promettant une sortie de crise institutionnelle. Les prochains mois seront déterminants pour jauger la capacité des autorités militaires à conduire une transition inclusive et crédible, et pour mesurer l’adhésion des acteurs nationaux et régionaux à cette nouvelle feuille de route.









