
Le gouvernement gambien prévoit d’affecter environ 2,5 millions de dollars, soit près de 1,46 milliard de FCFA, à l’indemnisation des victimes des violations commises sous le régime de Yahya Jammeh. Cette somme provient de la vente d’une villa située dans le Maryland, aux États-Unis, acquise avec des fonds considérés comme issus d’activités criminelles et de ressources publiques détournées. L’annonce, faite par la Commission gambienne des réparations, relance la question de la réparation des préjudices subis pendant les 22 années de pouvoir de l’ancien dirigeant.
L’opération s’inscrit dans un processus de justice transitionnelle engagé après le départ de Yahya Jammeh du pouvoir en 2017. Elle associe la récupération d’un bien immobilier aux États-Unis à un programme national de réparations, dans un pays où les autorités doivent encore répondre aux demandes des victimes et de leurs familles. Au-delà du montant annoncé, la question porte désormais sur les modalités concrètes de distribution des fonds et sur les garanties de transparence du dispositif.
Selon le ministère américain de la Justice, une procédure civile de confiscation a été engagée en juillet 2020 contre la propriété de Potomac, dans le Maryland. Le 24 mai 2022, une décision judiciaire a permis aux autorités américaines d’en obtenir la confiscation. La maison avait été acquise pour environ 3,5 millions de dollars, à travers une structure fiduciaire établie par l’épouse de l’ancien président. Les autorités américaines soutenaient que l’acquisition reposait sur des produits présumés de corruption et sur des fonds publics gambiens détournés.
Le 18 septembre 2026, Washington a annoncé le retour de 2 507 911,73 dollars de produit net de la vente à la Gambie. Un accord conclu entre les deux gouvernements prévoit que cette somme serve à indemniser les victimes éligibles, conformément à la loi gambienne de 2023 sur les réparations. Le 21 octobre, la Commission gambienne des réparations a toutefois annoncé avoir reçu 2 573 414,10 dollars sur le compte du Fonds de réparations ouvert auprès de la Banque centrale. L’écart entre les montants publiés mérite une clarification officielle afin que les bénéficiaires et le public puissent comprendre le détail des sommes récupérées et transférées.
La Commission, créée en 2023, est chargée de mettre en œuvre les réparations destinées aux personnes touchées par les abus commis sous le régime de Jammeh. Au pouvoir de 1994 à 2017, l’ancien dirigeant a gouverné la Gambie pendant 22 ans. Les travaux de la Commission vérité, réconciliation et réparations ont documenté de graves violations des droits humains, notamment des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des exécutions. Une commission d’enquête a estimé entre 240 et 250 le nombre de personnes tuées par les forces de l’État durant cette période, selon les informations rapportées par Al Jazeera.
Le versement annoncé constitue une ressource concrète pour le programme national, mais son effet dépendra des critères d’éligibilité, du nombre de bénéficiaires et des montants attribués à chacun. Les informations disponibles ne précisent pas encore la répartition détaillée de l’enveloppe ni le calendrier des paiements. Il serait donc prématuré d’évaluer le niveau de couverture des besoins des victimes à partir du seul montant global.
Cette opération illustre un mécanisme de coopération judiciaire internationale dans lequel la confiscation d’actifs liés à des faits présumés de corruption peut contribuer à réparer des préjudices dans le pays d’origine. Pour la Gambie, l’enjeu immédiat sera de rendre compte de l’utilisation des fonds, de publier des informations vérifiables sur les bénéficiaires et de poursuivre le programme au-delà de cette seule récupération. La vente de la villa ouvre ainsi une étape financière importante, sans suffire à elle seule à mesurer l’ampleur des réparations encore nécessaires.










