
Le pape Léon XIV a dévoilé lundi sa première encyclique, un texte doctrinal dense consacré aux enjeux éthiques, sociaux et politiques liés à l’intelligence artificielle. Intitulé Magnifica Humanitas et publié sur le site officiel du Vatican, le document place la révolution numérique au cœur des préoccupations contemporaines de l’Église catholique. Le souverain pontife y appelle à une gouvernance mondiale de l’IA fondée sur la dignité humaine, le bien commun et la limitation des dérives technologiques.
Dans cette encyclique intitulée « Sur la sauvegarde de la personne humaine à l’époque de l’intelligence artificielle », le chef de l’Église catholique romaine ouvre sa réflexion par une mise en garde symbolique : l’humanité serait aujourd’hui confrontée au choix entre « construire une nouvelle tour de Babel » ou bâtir une société où progrès technologique et valeurs humaines coexistent harmonieusement. À travers cette image biblique, le pape souligne les risques évidents, d’inégalités et de perte de repères que pourrait engendrer une expansion incontrôlée des technologies numériques.
Sans condamner l’intelligence artificielle, Léon XIV adopte une position nuancée. Il affirme que l’IA n’est ni « intrinsèquement mauvaise » ni hostile à l’humanité, tout en rappelant que la technologie demeure influencée par les intérêts économiques, politiques et idéologiques de ceux qui la conçoivent et la contrôlent. Pour le souverain pontife, la question centrale ne réside donc pas uniquement dans la puissance des outils numériques, mais dans les finalités poursuivies par leurs concepteurs et utilisateurs.
Le texte insiste particulièrement sur les risques de concentration du pouvoir technologique entre les mains d’un nombre limité d’acteurs privés ou étatiques. Une telle situation, estime le pape, pourrait accentuer les fractures mondiales entre les populations intégrées à la révolution numérique et celles qui en demeurent exclues.
Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), près de 2,6 milliards de personnes dans le monde restent encore privées d’accès à Internet en 2025, principalement en Afrique et en Asie du Sud. Dans ce contexte, Léon XIV plaide pour un contrôle public accru des technologies d’intelligence artificielle afin que les impératifs de rentabilité ne prennent pas le dessus sur les principes de justice sociale et de respect de la personne humaine.
L’encyclique évoque également la nécessité de « désarmer » l’IA. Cette expression ne signifie pas, selon le pape, un rejet du progrès scientifique, mais le refus d’un modèle dans lequel la supériorité technologique deviendrait un instrument automatique de domination politique, économique ou militaire. Le texte met en garde contre une vision technocratique du monde où la performance algorithmique finirait par supplanter la conscience humaine.
Léon XIV rappelle par ailleurs que l’intelligence artificielle, malgré ses capacités d’imitation, reste dépourvue de conscience morale, d’empathie, de spiritualité et de relations affectives authentiques. Pour lui, aucune avancée technologique ne peut remplacer les dimensions fondamentales de l’expérience humaine, notamment la capacité à aimer, à souffrir, à dialoguer et à construire des liens sociaux.
Le document aborde aussi les conséquences environnementales de la révolution numérique. Les systèmes d’IA nécessitent des centres de données particulièrement énergivores, alors que l’Agence internationale de l’énergie estime que la consommation électrique mondiale des data centers pourrait doubler d’ici 2030. Le Vatican appelle ainsi à une approche responsable conciliant innovation technologique et préservation écologique.
Au-delà de l’intelligence artificielle, Magnifica Humanitas traite également de questions sensibles telles que l’avortement, l’euthanasie, les droits des femmes et des minorités, les migrations, les conflits armés ou encore les défis du multiculturalisme. Avec cette première encyclique, Léon XIV inscrit son pontificat dans une réflexion globale sur les mutations contemporaines et la place de l’humain dans un monde en profonde transformation technologique.












