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Côte d’Ivoire-présidentielle 2025 : Tidjane Thiam entre éligibilité et droit de vote, un dossier sous haute tension juridique

Tidjane Thiam, président du Pdci-Rda


À un peu moins de deux mois de l’élection présidentielle ivoirienne prévue le 25 octobre 2025, le dossier de Cheick Tidjane Thiam, candidat déclaré, suscite un débat juridique et politique inédit dans le pays. Alors que la Commission électorale indépendante (CEI) a validé sa candidature le 24 août après l’avoir radié de la liste électorale un peu plus tôt, certains juristes s’interrogent sur la compatibilité entre son éligibilité et son droit de vote, mettant en lumière les contradictions de la loi ivoirienne et la délicatesse du rôle du juge constitutionnel.

Tidjane Thiam, ancien directeur général de Crédit Suisse et figure reconnue de la finance internationale, est officiellement éligible à la fonction présidentielle de son pays selon les critères constitutionnels classiques : nationalité ivoirienne, âge minimum et jouissance des droits civiques. Cependant, le cœur de la controverse réside dans le fait que, bien qu’éligible, Thiam a été radié de la liste électorale pour des raisons liées à sa double nationalité, selon la CEI, soulevant ainsi la question de la conformité avec l’article 55 du Code électoral qui conditionne l’éligibilité au respect de certains droits civiques.

« La loi est claire sur l’éligibilité, mais son application reste ambiguë dans les situations comme celle-ci », explique Me Adama Kouadio, avocat constitutionnaliste. « Il y a une tension entre le principe de participation démocratique et les dispositions techniques qui régissent le droit de vote. Le juge constitutionnel se retrouve face à un arbitrage délicat : trancher sans créer un précédent qui pourrait fragiliser la légitimité de l’élection. »

Le Conseil constitutionnel, instance ultime en matière de validation des candidatures présidentielles, doit désormais examiner la question d’ici le 10 septembre, date butoir fixée par la CEI. Avec plus de 60 candidats officiellement en lice, chaque décision prise par les magistrats pourrait avoir un impact considérable sur l’équilibre politique du pays. Certains observateurs craignent déjà que cette situation ne ravive des tensions autour de l’organisation du scrutin, tandis que d’autres estiment que le respect strict de la loi est essentiel pour garantir la crédibilité de l’élection.

Pour Me Fatoumata Sangaré, juriste et spécialiste des droits électoraux, « il s’agit d’un exemple typique des zones grises de notre législation. La loi ne prévoit pas explicitement les conséquences pour un candidat éligible mais privé temporairement de son droit de vote. La responsabilité du juge est donc immense : il doit concilier texte légal, esprit démocratique et stabilité politique. »

Au-delà du cas Thiam, ce débat met en lumière une problématique récurrente en Côte d’Ivoire : l’adéquation entre les textes électoraux et les réalités sociopolitiques. Alors que le pays arrête son souffle, tous les regards se tournent désormais vers le Conseil constitutionnel, dont la décision pourrait influencer non seulement l’élection de 2025, mais également la perception du processus démocratique dans les années à venir.

Dans un contexte où chaque jour rapproche le pays du 25 octobre, la Côte d’Ivoire est suspendue à une décision juridique qui mêle technique, principe et prudence politique, révélant combien la loi électorale, parfois, peut être à la fois guide et casse-tête pour la démocratie.


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