
L’annonce de l’éventualité d’un quatrième mandat pour le président ivoirien Alassane Ouattara continue de polariser la scène politique en Côte d’Ivoire. Dans une déclaration le week-end dernier, l’ancien président Laurent Gbagbo a mis en garde la France contre tout soutien perçu à cette candidature, ravivant les tensions autour d’une question qui divise profondément le pays.
Selon M. Laurent Gbagbo, tout appui extérieur en faveur d’un prolongement du mandat présidentiel pourrait aggraver les fractures sociales et politiques et créer un climat propice à des confrontations entre communautés. « La Côte d’Ivoire doit décider de son avenir sans ingérence étrangère qui pourrait légitimer une candidature controversée », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec ses partisans.
Depuis plusieurs semaines, des manifestations sporadiques et des contre-manifestations ont été observées dans plusieurs grandes villes du pays dont Abidjan et Bouaké, pour ne citer que celles-là. Les réseaux sociaux, très suivis par les jeunes Ivoiriens, amplifient les messages politiques, souvent empreints de tension et de radicalisation. Les analystes estiment que ce climat pourrait dégénérer si les positions restent figées et si le dialogue politique n’est pas encouragé.
Les observateurs politiques rappellent que l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, marquée par deux crises postélectorales majeures en 2000 et 2010-2011, souligne le danger et les risques d’un affrontement ouvert entre partisans de différentes figures politiques. La dimension communautaire, avec des loyautés souvent liées à des lignes ethniques ou régionales, rend le terrain particulièrement sensible.
Selon Essis Simon Noel, politologue résident à Abidjan, « tout soutien extérieur ou toute déclaration perçue comme partiale peut devenir un facteur de radicalisation. La situation nécessite une gestion prudente, car même de petits incidents peuvent rapidement dégénérer en violences locales ».
Les autorités ivoiriennes, quant à elles, appellent au calme et à la responsabilité, tout en insistant sur le respect de la loi et des institutions. Le gouvernement a renforcé la présence policière dans les zones sensibles tout en encourageant les partis politiques à s’engager dans des déclarations moins incendiaires dans les médias.
La mise en garde de l’ancien président Laurent Gbagbo à la France met en lumière la sensibilité de la question de l’influence internationale. Dans un contexte où les partenaires étrangers ont traditionnellement joué un rôle dans le processus démocratique ivoirien, toute intervention peut être perçue comme partiale et provoquer de vives tensions entre communautés.
En attendant les décisions officielles suite aux dépôts de candidatures, la société civile ivoirienne appelle au dialogue et à la prévention des violences. Les experts soulignent que seule une approche inclusive et transparente permettra de désamorcer les risques de confrontation et d’éviter un nouveau cycle de conflits politiques et communautaires.
Pour l’instant, le pays observe avec attention, partagé entre la volonté de stabilité et les divisions politiques et sociales qui pourraient s’exacerber si la question du quatrième mandat n’est pas traitée avec prudence.









