
La Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) a rendu son verdict le 26 juin 2025 dans l’affaire opposant l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à l’État de Côte d’Ivoire, rejetant toutes les requêtes formulées par l’ex-chef d’État. Cette décision, très attendue, intervient à quelques mois de l’élection présidentielle de 2025 et risque d’avoir des répercussions significatives sur le paysage politique ivoirien.
Laurent Gbagbo avait saisi la CADHP pour contester la violation de ses droits, notamment suite à sa radiation de la liste électorale et sa condamnation par contumace à 20 ans de prison et 10 ans de privation de droits civiques pour le braquage de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCAO) en 2011, durant la crise post-électorale. Il dénonçait un caractère politique à ces poursuites et une atteinte à son droit de participer librement à la direction des affaires publiques.
La Cour, bien que déclarant la requête de Gbagbo recevable sur le plan formel, a finalement rejeté les accusations de violation des droits de l’homme au fond. Selon le communiqué de la CADHP, aucune preuve d’atteinte aux droits invoqués par l’ancien président n’a été constatée. La Cour a notamment souligné que Laurent Gbagbo n’a pas apporté la preuve d’un traitement inégalitaire devant la loi. En conséquence, toutes les demandes de réparations ont été rejetées.
Cette décision conforte de facto la condamnation nationale qui pèse sur Laurent Gbagbo et qui a justifié sa radiation des listes électorales, le rendant inéligible pour la présidentielle d’octobre 2025. C’est un coup dur pour les partisans de l’ancien président, en particulier le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), qui espéraient un avis favorable de la CADHP pour lui permettre de briguer à nouveau la magistrature suprême.
Il est à noter que la Côte d’Ivoire s’est retirée de la juridiction de la CADHP en 2020, affirmant que ses décisions portaient atteinte à sa souveraineté et qu’elle n’était pas tenue de s’y conformer. Néanmoins, la décision de la Cour africaine reste symboliquement forte et pourrait alimenter le débat politique interne, à l’approche d’une élection qui s’annonce déjà tendue.
Parallèlement à la requête de Laurent Gbagbo, la CADHP a également rejeté un recours de Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale, jugeant sa requête irrecevable pour non-épuisement des voies de recours internes. Ces deux décisions combinées écartent ainsi deux figures majeures de l’opposition de la course à la présidentielle de 2025.
L’impact de cet arrêt sur la scène politique ivoirienne est indéniable. Il renforce la position des autorités ivoiriennes et pourrait polariser davantage le débat public entre ceux qui estiment que la justice a tranché, et ceux qui continuent de dénoncer des manœuvres politiques visant à écarter des opposants de la scène électorale. L’appel au dialogue, notamment lancé par certains acteurs politiques, prendra-t-il le pas sur les tensions générées par cette décision ?
L’avenir nous le dira.









