
La marche de l’opposition ivoirienne, prévue pour le 4 octobre 2025, n’aura plus lieu. Et pour cause : les leaders ont annoncé un report de l’événement de dix jours, après avoir été confrontés à une interdiction catégorique émise par les autorités. Cette décision marque un tournant dans le climat politique du pays et soulève des questions sur l’état de la démocratie et des libertés publiques, particulièrement dans un contexte où les tensions entre le pouvoir en place et ses détracteurs ne cessent de se cristalliser.
Le projet de marche, soutenu par plusieurs partis de l’opposition dont celui de l’ex-président Laurent Gbagbo (PPA-CI) et celui de l’ancien directeur général de Credit suisse Tidjane Thiam (Pdci-Rda), visait à dénoncer ce qu’ils appellent les dérives du régime d’Alassane Ouattara. Cependant, face à l’injonction de l’État de ne pas autoriser cet événement public, les leaders ont pris la décision de la reporter. Cette décision n’a pas été prise sans frictions internes. En effet, certaines figures de l’opposition, à l’instar de Dia Houphouët et Damana Pickass, ont exprimé leur mécontentement en claquant la porte du bloc de l’opposition, citant des divergences sur la gestion de cette situation. Ces démissions ajoutent une couche supplémentaire de complexité à un mouvement d’opposition déjà fragilisé par l’évolution des rapports de force politiques dans le pays.
Le report de la marche est perçu par certains comme un signe de faiblesse, d’autant plus qu’il intervient après plusieurs mois de manifestations et de revendications publiques qui ont souvent été étouffées dans l’œuf. L’opposition semble acculer sous la pression du pouvoir, qui, par le biais de son appareil sécuritaire, a multiplié les interdictions de rassemblements et de manifestations, affirmant vouloir garantir l’ordre public. Une posture qui soulève des inquiétudes sur l’état des libertés fondamentales dans le pays.
Le mouvement de contestation « Trop C’est Trop », né en 2020 en réaction à l’évolution de la gouvernance d’Alassane Ouattara, semble aujourd’hui en perte de vitesse. Alors que les revendications de l’opposition, principalement axées sur la réforme du système électoral et la gestion des libertés publiques, demeurent, les résultats escomptés par les manifestants se font attendre. Le mouvement a perdu de son élan, d’autant plus que plusieurs figures de proue ont progressivement abandonné la scène ou se sont montrées plus conciliantes face au pouvoir.

Parallèlement, le gouvernement ivoirien a intensifié ses efforts pour maintenir l’ordre public. En plus des interdictions de manifestations, l’État semble renforcer son contrôle sur les manifestations publiques et les expressions politiques de l’opposition. Ces mesures, jugées par certains comme une forme de « musellement » de la contestation, révèlent une stratégie de plus en plus axée sur le maintien de l’ordre par la répression plutôt que par le dialogue politique.
Les Ivoiriens se retrouvent donc à un carrefour où la politique de l’opposition semble de plus en plus divisée et en difficulté à mobiliser largement les masses. Le défi majeur reste l’équilibre entre la gestion de la contestation politique, la préservation des libertés publiques et la garantie d’un ordre républicain qui ne bascule pas dans l’autoritarisme.
Si la Côte d’Ivoire a fait des progrès significatifs en matière de stabilité politique et économique depuis la crise de 2010-2011, l’actualité récente semble montrer un essoufflement du mouvement démocratique, une régression des libertés publiques et un durcissement de l’environnement politique. Les autorités, en affirmant leur détermination à maintenir l’ordre, sont perçues par certains comme des entraves à l’exercice des droits civiques et politiques. Le jeu politique, bien qu’encore dynamique, semble aujourd’hui plus tendu, et la démocratie ivoirienne se trouve face à un dilemme : concilier stabilité et respect des droits fondamentaux.










