
Un tribunal militaire camerounais a condamné trois soldats pour leur implication dans la mort d’au moins 21 civils en février 2020 à Ngarbuh, dans la région anglophone du Nord-Ouest. Les peines, annoncées par les avocats des victimes, interviennent dans un contexte de conflit armé prolongé et soulèvent la question de la responsabilité judiciaire des forces de sécurité au Cameroun, où les condamnations de militaires restent exceptionnelles.
Jeudi, le tribunal militaire de Yaoundé a prononcé des peines de prison à l’encontre de trois membres des forces de sécurité camerounaises pour leur rôle dans les violences survenues en février 2020 dans le village de Ngarbuh, situé dans le Nord-Ouest anglophone. Selon des déclarations publiques relayées vendredi par les avocats des victimes, le sergent Baba Guida a été condamné à huit ans de prison, le gendarme Haranga Gilbert à dix ans, et le caporal Sanding Sanding à cinq ans.
Les faits retenus par la juridiction portent sur la mort d’au moins 21 civils, parmi lesquels treize enfants et une femme enceinte. D’après les éléments communiqués par la défense des victimes et des organisations de défense des droits humains, l’opération aurait impliqué des soldats camerounais appuyés par des miliciens peuls.
Des habitations auraient été incendiées, des civils agressés et des biens pillés. Ces informations avaient été documentées dès 2020 par Human Rights Watch, dans un rapport fondé sur des témoignages recueillis sur place et des analyses de sources ouvertes. Les autorités camerounaises avaient, à l’époque, reconnu la mort de civils et annoncé l’ouverture d’une enquête militaire.
La décision du tribunal militaire de Yaoundé est présentée par des juristes et des observateurs comme inhabituelle. Dans un pays où les procédures visant des membres des forces de défense sont rares, ces condamnations sont perçues par certains experts comme un signal de responsabilisation institutionnelle. « Il s’agit d’un précédent important, même si les peines restent discutées », estime un analyste camerounais de la sécurité, contacté par un journaliste de lopinionplus. Cette appréciation relève d’une analyse d’expert et non d’une position officielle.
Du côté des autorités, aucune déclaration détaillée n’a été rendue publique à ce stade sur les motivations complètes du jugement ni sur d’éventuelles poursuites complémentaires. Les informations disponibles proviennent principalement des avocats des victimes et de sources judiciaires citées par la presse nationale. En l’absence de communiqué officiel exhaustif, certains éléments procéduraux restent en cours de vérification.
Pour les organisations de la société civile, cette affaire s’inscrit dans un conflit plus large qui affecte depuis 2016 les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les violences ont éclaté après la répression de manifestations d’enseignants et d’avocats anglophones dénonçant leur marginalisation au sein d’un État majoritairement francophone. Sous la présidence de Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, la réponse sécuritaire de l’État a été critiquée par plusieurs ONG internationales.
Selon des estimations de Human Rights Watch, près de 6 000 civils auraient été tués depuis le début des hostilités, un chiffre qui repose sur des données compilées par l’ONG et qui ne fait pas l’objet d’un consensus officiel. Les groupes séparatistes armés, de leur côté, rejettent la responsabilité des violences sur les forces gouvernementales, tandis que Yaoundé accuse les insurgés de graves exactions contre les civils et les agents de l’État.
À moyen terme, des diplomates et chercheurs estiment que ces condamnations pourraient renforcer la crédibilité des mécanismes judiciaires internes, sans pour autant résoudre les causes profondes du conflit. La poursuite des enquêtes, la transparence des procédures et la protection des civils demeurent des enjeux centraux pour toute désescalade durable dans les régions anglophones du Cameroun.









