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Cameroun : l’armée se dote d’un atelier de confection des tenues militaires afin de réduire la dépendance aux importations

photo d'illustration

Le Cameroun a franchi une nouvelle étape dans sa volonté d’autonomiser ses forces de défense. Le 25 septembre à Yaoundé, le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, a inauguré l’« Atelier central de confection des armées et de la gendarmerie », une infrastructure industrielle censée produire entre 700 et 1 000 tenues par jour. Présenté comme une avancée décisive, ce projet illustre le souci de professionnalisation et de modernisation de l’armée camerounaise, régulièrement engagée sur plusieurs fronts sécuritaires.

Dans un contexte où les forces armées doivent concilier efficacité opérationnelle et maîtrise des coûts, l’autosuffisance en équipements est une ambition stratégique. La mise en service de cet atelier vise à réduire la dépendance vis-à-vis des importations et à doter les soldats d’un approvisionnement régulier en uniformes adaptés. Pour renforcer le dispositif, des militaires retraités spécialisés dans le textile ont été rappelés afin de transmettre leur savoir-faire aux jeunes recrues. Cette dynamique, au-delà de l’armée et de la gendarmerie, pourrait également bénéficier à la police et à d’autres corps en uniforme.

Cependant, derrière l’enthousiasme officiel, plusieurs zones d’ombre persistent. Ni le coût exact de l’infrastructure, ni les modalités de financement n’ont été révélés. De même, aucun calendrier détaillé de production n’a été communiqué. Ces silences alimentent les doutes, d’autant plus que d’autres projets similaires ont peiné à voir le jour. L’exemple le plus marquant reste celui de l’usine textile de Mengong, annoncée en grande pompe en 2023 mais restée sans suite concrète, faute d’études de faisabilité et d’appels d’offres transparents.

Cette situation met en lumière le paradoxe de l’armée camerounaise : une institution qui affiche la volonté de se moderniser et de se positionner parmi les forces émergentes d’Afrique, mais dont les initiatives sont parfois freinées par l’opacité et le manque de suivi. Or, dans un environnement régional marqué par la montée des menaces sécuritaires, du bassin du lac Tchad aux régions anglophones, la crédibilité et la réactivité des forces armées reposent aussi sur leur capacité à tenir leurs promesses de modernisation.

Le défi pour le Cameroun sera donc de transformer les discours en réalisations tangibles. L’atelier de confection de Yaoundé pourrait constituer un pas significatif vers l’autonomie industrielle des forces armées, à condition que sa gestion soit rigoureuse et transparente. Car pour se hisser au rang des armées émergentes du continent, la professionnalisation ne se mesure pas seulement aux symboles inaugurés, mais à la cohérence et à la pérennité des réformes mises en œuvre.

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