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Burkina : refugié au Togo, l’ancien chef putschiste Paul-Henri Damiba, arrêté puis extradé à Ouagadougou

le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, l'ex-chef de la junte militaire burkinabè


L’extradition vers Ouagadougou de l’ancien chef putschiste burkinabé, Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé par le capitaine Ibrahim Traoré le 30 septembre 2022, marque une étape judiciaire significative dans un dossier à forte portée politique et diplomatique. Arrêté à Lomé dimanche 18 janvier, où il s’était réfugié après sa chute, l’ex-dirigeant de la transition, arrivé au pouvoir par un coup d’État le 31 janvier 2022, a été remis aux autorités burkinabé dans un contexte régional en pleine recomposition.

Selon des sources sécuritaires, l’opération s’est déroulée sans incident majeur, sous haute surveillance. À Ouagadougou, l’intéressé devrait être entendu par la justice militaire, notamment pour des faits liés à sa gestion de la transition et aux événements ayant conduit à son renversement. Les autorités burkinabé qui, officiellement, ne se sont pas jusqu’ici prononcées sur cette question, n’ont pas encore précisé le calendrier judiciaire ni la qualification exacte des charges retenues.

Au-delà de l’enjeu strictement judiciaire, cette extradition revêt une dimension diplomatique notable. Elle intervient alors que le Togo semble amorcer un rapprochement stratégique avec les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette alliance, née de la rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), cherche activement à consolider ses partenariats régionaux, notamment pour sécuriser un accès à la mer, devenu un objectif prioritaire depuis l’isolement progressif des pays sahéliens.

Pour Lomé, cette coopération judiciaire avec Ouagadougou est interprétée par plusieurs observateurs comme un signal d’ouverture à l’égard de l’AES. Le Togo, État côtier et hub logistique régional, occupe une position stratégique dans les équilibres ouest-africains. Un rapprochement formalisé pourrait redessiner certaines dynamiques commerciales et sécuritaires, dans un contexte marqué par la montée des tensions entre les régimes militaires sahéliens et plusieurs capitales de la sous-région.

Du côté burkinabé, l’extradition est perçue comme une victoire politique et symbolique pour les autorités actuelles, qui entendent affirmer leur contrôle sur l’appareil d’État et solder les comptes de la période précédente. Elle s’inscrit également dans une stratégie de consolidation interne, alors que la transition fait face à des défis sécuritaires persistants et à des attentes fortes en matière de justice et de redevabilité.

Reste à savoir si cette coopération ponctuelle ouvrira la voie à un partenariat plus structuré entre le Togo et l’AES. Dans une région où les alliances évoluent rapidement, l’affaire dépasse le sort d’un homme pour s’inscrire dans une recomposition plus large des rapports de force ouest-africains.


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