
Alger multiplie les démarches diplomatiques pour empêcher une initiative américaine qui pourrait redessiner les équilibres régionaux. Selon plusieurs sources proches du dossier, certains membres du Congrès des États-Unis travaillent actuellement à faire adopter une résolution visant à classer le Front Polisario parmi les organisations terroristes. Cette perspective, qui suscite un vif émoi à Alger, est perçue comme une tentative d’affaiblir son soutien historique au mouvement indépendantiste sahraoui.
Depuis déjà plusieurs semaines, les autorités algériennes mobilisent leurs canaux diplomatiques, aussi bien à Washington qu’auprès de partenaires européens et africains, pour dissuader la mise en œuvre d’une telle décision. L’argument central d’Alger repose sur la légitimité des revendications sahraouies, légitimement reconnues par certaines résolutions onusiennes et sur la nécessité de préserver le processus de négociation sous l’égide des Nations unies.
Du côté américain, les partisans de cette initiative affirment s’appuyer sur des rapports évoquant des liens présumés entre certains combattants du Polisario et des réseaux djihadistes actifs dans le Sahel. Ces accusations, fermement rejetées par Alger et par le Polisario lui-même, relancent toutefois les débats autour de la sécurité régionale et du rôle des mouvements armés dans un espace marqué par la prolifération de groupes terroristes.
Pour Alger, il s’agit avant tout d’un enjeu stratégique : la désignation du Front Polisario comme organisation terroriste reviendrait à fragiliser sa politique étrangère au Maghreb et au Sahel, où le soutien au peuple sahraoui constitue un pilier de sa diplomatie depuis plusieurs décennies. Les diplomates algériens redoutent également que cette décision, si elle venait à être adoptée, ne consolide davantage la position du Maroc, déjà renforcée par la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental en 2020.
Analystes et observateurs soulignent que l’initiative américaine reste pour l’heure à un stade préliminaire et ne bénéficie pas d’un consensus au sein du Congrès. Certains experts mettent en avant le risque de voir la politique étrangère américaine perdre en crédibilité si elle venait à s’aligner trop ouvertement sur les positions marocaines, au détriment de la neutralité affichée par l’ONU dans le processus de règlement du conflit.
Dans ce bras de fer diplomatique, Alger mise sur un lobbying intensif et sur ses alliances stratégiques pour éviter que le débat ne progresse outre-Atlantique. Reste à savoir si ces efforts suffiront à contenir une initiative qui, au-delà de son aspect symbolique, pourrait profondément affecter l’équilibre géopolitique du Maghreb et du Sahel.










