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Somalie : les fortes pluies de novembre ravivent les inquiétudes sur les risques d’inondations majeures

photo d'illustration

La Somalie aborde le mois de novembre 2026 sous la menace de précipitations supérieures aux normales saisonnières, dans le cadre de la saison des pluies Deyr. Les prévisions de l’IGAD annoncent un risque accru d’inondations, notamment dans les régions centrales et méridionales. Face à cette perspective, la préparation des populations et la surveillance des bassins fluviaux deviennent des enjeux majeurs pour les autorités et les organisations humanitaires.

La menace ne relève toutefois plus uniquement d’une projection météorologique. Les premières semaines de la saison ont déjà été marquées par des épisodes de fortes précipitations et des inondations localisées. Selon une mise à jour humanitaire publiée le 1er novembre 2026, au moins 175 000 personnes ont été affectées par les pluies associées à El Niño et les crues soudaines dans plusieurs régions somaliennes. Des abris, des latrines et des points d’approvisionnement en eau ont notamment été endommagés ou submergés. Cette évolution donne une dimension concrète aux alertes formulées avant le début de la saison.

Le signal climatique avait été clairement identifié par le Centre de prévision et d’applications climatiques de l’IGAD (ICPAC). Dans ses perspectives saisonnières publiées le 10 septembre, l’organisme estimait à 90 % la probabilité de précipitations supérieures aux normales dans le centre et le sud de la Somalie, ainsi que dans certaines parties du sud de l’Éthiopie et du nord-est du Kenya. Dans plusieurs secteurs, les cumuls saisonniers pourraient dépasser 400 millimètres. Cette probabilité concerne les précipitations attendues et non la certitude d’une inondation dans chaque localité.

L’attention se concentre particulièrement sur les bassins des fleuves Juba et Shabelle, dont les régimes hydrologiques dépendent aussi des précipitations enregistrées en amont, notamment sur le territoire éthiopien. Le bulletin de la FAO-SWALIM du 26 octobre signalait que le niveau du Shabelle à Belet Weyne avait atteint 6,56 mètres, dépassant le seuil de risque modéré fixé à 6,50 mètres. À Deefow, près de la frontière éthiopienne, le niveau continuait également de monter. Ces observations illustrent l’importance d’une surveillance hydrologique qui ne se limite pas aux précipitations enregistrées à l’intérieur des frontières somaliennes.

Pour autant, les conditions ne sont pas uniformes sur l’ensemble du territoire. Dans ses prévisions du 28 octobre, la FAO-SWALIM annonçait des pluies faibles à très faibles pour la semaine suivante dans plusieurs secteurs du sud, notamment Bay, Bakool, Lower Shabelle, Middle Shabelle, Hiraan et Middle Juba, tandis que des conditions sèches étaient attendues dans plusieurs régions septentrionales. Cette variabilité impose de distinguer les prévisions saisonnières des observations quotidiennes et des alertes localisées.

L’ampleur des enjeux humains reste néanmoins considérable. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que près de 874 000 personnes pourraient être contraintes de quitter leur domicile entre octobre et décembre en raison des inondations. Par ailleurs, les projections humanitaires font état de 3,4 millions de personnes exposées aux risques d’inondation pendant cette même période. Ces chiffres correspondent à des estimations prospectives et ne doivent pas être interprétés comme un bilan de déplacements déjà constatés.

La vulnérabilité du pays s’explique également par les conséquences économiques et sociales des précédentes catastrophes. Les inondations de 2023 avaient provoqué le déplacement d’environ 1,2 million de personnes, selon les données de l’OIM. Elles avaient affecté les terres agricoles, les infrastructures et les moyens de subsistance de nombreuses communautés. La répétition de tels événements constitue un enjeu majeur pour un pays où les populations rurales dépendent largement de l’agriculture et de l’élevage.

Face à cette situation, les autorités somaliennes ont engagé des démarches de préparation. Le 29 septembre, l’Agence somalienne de gestion des catastrophes (SoDMA), avec le Programme alimentaire mondial, a organisé à Mogadiscio un exercice de simulation destiné à tester les dispositifs d’alerte, la coordination institutionnelle et les capacités de réponse aux crues du Juba et du Shabelle. La FAO, de son côté, recommande l’identification des zones exposées, des itinéraires d’évacuation et des espaces de refuge, ainsi que le prépositionnement des fournitures essentielles.

La question déterminante reste donc celle de la traduction opérationnelle des alertes. La disponibilité des prévisions ne suffit pas si les communautés ne reçoivent pas les informations à temps, si les voies d’évacuation ne sont pas praticables ou si les moyens de secours sont insuffisants. Novembre représente une période particulièrement sensible, mais les mesures doivent tenir compte des différences régionales et de l’évolution des niveaux fluviaux. Pour la Somalie, l’enjeu est désormais de réduire l’écart entre l’anticipation climatique et la protection effective des populations, tout en préservant les bénéfices possibles des pluies pour les ressources en eau, les pâturages et les productions agricoles.

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