
Le marché d’Amiet, dans la région disputée d’Abyei, entre le Soudan et le Soudan du Sud, aurait été frappé par un drone le 19 octobre 2026. Selon des responsables locaux cités par plusieurs médias, l’attaque aurait fait au moins 153 morts, un bilan qui reste à confirmer et pourrait évoluer. L’incident intervient dans un contexte de guerre prolongée au Soudan, dont les conséquences humanitaires dépassent les zones directement touchées par les combats.
D’après l’Associated Press (AP), Yohanna Akol Ngor, ministre par intérim de l’Information de l’administration d’Abyei, a annoncé ce bilan le 20 octobre. Il a précisé que les opérations de secours se poursuivaient alors que l’incendie provoqué par la frappe continuait de brûler. L’agence a toutefois indiqué ne pas avoir pu vérifier de manière indépendante l’identité des auteurs de l’attaque.
Les circonstances de l’opération restent au cœur des déclarations contradictoires. Des responsables de l’administration d’Abyei et les autorités sud-soudanaises ont attribué la frappe à l’armée soudanaise. Selon les informations rapportées par l’AP le 21 octobre, un officier militaire soudanais a reconnu que l’armée avait effectué une frappe de drone, en affirmant que les cibles étaient des camions-citernes soupçonnés d’acheminer du carburant aux Forces de soutien rapide (FSR), engagées dans la guerre contre les forces armées régulières du Soudan. Cette explication émane d’un responsable militaire et ne constitue pas, à elle seule, une vérification indépendante de la nature des cibles ni des circonstances dans lesquelles les victimes ont été tuées.
Les conséquences humaines sont également documentées par les équipes médicales. Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué avoir pris en charge plus de 20 blessés à l’hôpital d’Ameth Bek, où ses équipes travaillent avec le personnel du ministère sud-soudanais de la Santé. Plusieurs patients présentaient des blessures graves, notamment des brûlures. Ce chiffre correspond aux personnes accueillies dans cet établissement et ne représente donc pas nécessairement le nombre total de blessés provoqués par l’attaque.
La réaction des autorités sud-soudanaises a également pris une dimension diplomatique. Leur ministère des Affaires étrangères a condamné l’attaque et convoqué l’ambassadeur du Soudan afin de protester contre les faits rapportés. Les Nations unies ont, de leur côté, condamné les frappes de drones signalées près du marché d’Amiet et de Todach. Selon leur porte-parole, des dizaines de civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont été tués et de nombreuses personnes blessées. L’ONU a également fait état de personnes toujours portées disparues et d’un bilan susceptible d’augmenter.
Au-delà de l’attaque, le statut territorial d’Abyei constitue un facteur important pour comprendre les enjeux régionaux. Cette zone riche en pétrole demeure disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud, devenu indépendant en 2011. Son statut n’a pas été définitivement réglé malgré les accords politiques antérieurs. Le territoire se trouve à proximité du Kordofan, région devenue un foyer majeur des affrontements entre les Forces armées soudanaises et les FSR depuis avril 2023.
La frappe d’Amiet illustre ainsi les risques que la poursuite de la guerre soudanaise fait peser sur les populations des zones frontalières. Toutefois, le bilan de 153 morts demeure celui communiqué par les autorités locales, tandis que l’établissement complet des responsabilités nécessite des vérifications indépendantes. La protection des civils, l’accès des secours et la clarification des circonstances de l’attaque restent déterminants pour apprécier les conséquences de cet événement.










