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Sahel : les affrontements entre groupes jihadistes redessinent les rapports de force locaux

photo d'illustration

Les affrontements entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel (EIS) illustrent la complexité croissante de la menace sécuritaire dans la région. En octobre 2026, de nouveaux combats signalés dans le nord du Burkina Faso mettent en évidence l’intensification de leur rivalité. Les bilans annoncés restent toutefois à vérifier indépendamment, tandis que l’extension géographique des affrontements soulève des préoccupations pour les populations civiles et les États concernés.

Les combats entre les deux organisations ne constituent pas un phénomène nouveau. Depuis plusieurs années, elles se disputent des territoires, des ressources et des populations dans les zones frontalières du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette compétition oppose deux mouvements poursuivant des objectifs jihadistes, mais relevant de structures organisationnelles distinctes. Le JNIM appartient à la mouvance d’Al-Qaïda, tandis que l’État islamique au Sahel constitue une branche régionale de l’organisation État islamique.

Le dernier épisode signalé s’est produit dans la province de l’Oudalan, au nord du Burkina Faso, à proximité des frontières malienne et nigérienne. Selon Africanews, qui rapporte des informations attribuées aux deux organisations et à des analystes spécialisés, les affrontements se sont intensifiés depuis septembre. Le 12 octobre, l’État islamique au Sahel a affirmé avoir tué plus de 400 combattants du JNIM lors de combats survenus quatre jours auparavant. Ce bilan, particulièrement élevé, n’a pas été confirmé de manière indépendante. Il doit donc être considéré comme une revendication du groupe, et non comme un décompte établi.

L’ampleur de la confrontation s’inscrit néanmoins dans une dynamique documentée. Selon Héni Nsaibia, analyste de l’ACLED, cité par Africanews, les deux organisations se sont affrontées lors de plus de 320 batailles entre 2019 et septembre 2026, entraînant environ 2 200 morts. Ces estimations illustrent la persistance de leur rivalité, sans permettre, à elles seules, de mesurer l’ensemble des victimes de la violence jihadiste dans la région.

La compétition dépasse désormais les espaces où elle s’était principalement concentrée. Les affrontements entre les deux mouvements se sont étendus vers l’ouest du Niger et, selon les analyses disponibles, jusqu’au nord-ouest du Nigeria. Cette évolution accompagne l’élargissement des zones d’activité des groupes armés et leur implantation dans des espaces frontaliers où les capacités de contrôle des États demeurent limitées.

Les conséquences pour les civils constituent un enjeu majeur. La multiplication des opérations armées peut exposer davantage les communautés aux combats, aux déplacements forcés, aux enlèvements et aux représailles. Toutefois, les informations disponibles sur les affrontements d’octobre dans l’Oudalan ne permettent pas d’établir un bilan civil précis. Il serait donc prématuré d’attribuer à cet épisode un nombre de victimes civiles ou des déplacements spécifiques sans confirmation supplémentaire.

Les données régionales de l’ACLED montrent par ailleurs que les groupes jihadistes exercent une pression croissante sur les forces de sécurité et les populations, notamment dans les zones frontalières. Leurs rivalités s’ajoutent aux opérations militaires, aux activités des milices locales et aux autres formes de violence armée, ce qui rend les évolutions sécuritaires particulièrement difficiles à interpréter.

En définitive, les affrontements entre le JNIM et l’État islamique au Sahel témoignent d’une fragmentation des rapports de force au sein de l’insurrection jihadiste. Ils ne signifient pas nécessairement un recul de la menace : la confrontation entre groupes concurrents peut, au contraire, intensifier les violences et étendre les zones exposées. L’évolution de cette rivalité devra être évaluée à partir de bilans vérifiés, de données géographiques précises et de ses conséquences documentées pour les populations.

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