
La nouvelle séquence diplomatique engagée par l’Union africaine autour de la crise dans l’est de la République démocratique du Congo connaît un développement significatif. Une délégation du Panel des facilitateurs de l’organisation continentale a récemment rencontré des représentants de l’AFC/M23, avant de poursuivre ses consultations dans la région. Cette démarche intervient alors que plusieurs cadres de négociation existent déjà, sans avoir encore produit une amélioration durable de la situation sécuritaire et humanitaire.
La rencontre avec les rebelles intervient dans un paysage diplomatique particulièrement dense. Le processus de Doha, soutenu notamment par le Qatar, les États-Unis et l’Union africaine, vise à rapprocher Kinshasa et l’AFC/M23. Parallèlement, l’accord de paix conclu à Washington en juin 2025 entre la RDC et le Rwanda a établi un autre cadre destiné à traiter les dimensions interétatiques de la crise. L’Union africaine cherche désormais à maintenir la cohérence entre ces différents mécanismes et à éviter que leur multiplication ne se traduise par une dispersion des efforts.
Cette stratégie repose sur un principe diplomatique classique : maintenir le contact avec toutes les parties susceptibles d’influencer l’évolution du conflit. L’UA dispose, à cet égard, d’un avantage institutionnel important. Son médiateur désigné pour l’est de la RDC est le président togolais Faure Gnassingbé, appuyé par un Panel de facilitateurs. L’organisation s’est également impliquée dans la mise en place du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu entre Kinshasa et l’AFC/M23, dont les termes de référence ont été approuvés en février 2026.
Mais le véritable enjeu est désormais celui du passage du dialogue à l’exécution. En avril, l’Union africaine avait salué des progrès obtenus à Montreux sur l’accès humanitaire et la libération de prisonniers. Ces avancées constituent des mesures de confiance, mais elles ne suffisent pas toutes seules à régler les questions les plus sensibles : cessation effective des hostilités, retrait des forces et groupes armés, restauration de l’autorité de l’État, sécurisation des populations et retour des déplacés.
L’urgence se mesure également à l’ampleur de la crise humanitaire. Selon le HCR, près de 7 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur des provinces orientales de la RDC, tandis qu’environ 1,3 million de Congolais étaient encore réfugiés ou demandeurs d’asile dans les pays voisins à la fin août 2026. Le conflit continue donc de produire des déplacements alors même que les initiatives diplomatiques se multiplient.
Dans ce contexte, les contacts établis par l’Union africaine avec l’AFC/M23 peuvent constituer un instrument utile de médiation, à condition d’être reliés à des mécanismes de vérification et à des engagements précis. La réunion de septembre entre l’UA, l’ONU, l’Union européenne et leurs partenaires avait d’ailleurs souligné que les progrès diplomatiques devaient enfin se traduire par des résultats tangibles sur le terrain.
La question n’est donc plus seulement de savoir si l’Union africaine peut parler aux acteurs du conflit. Elle est de déterminer si cette capacité de dialogue peut contribuer à faire respecter les engagements déjà négociés. Dans l’est de la RDC, la crédibilité de la médiation africaine dépendra moins du nombre de rencontres organisées que de sa capacité à rapprocher les déclarations politiques des réalités sécuritaires, humanitaires et territoriales. La nouvelle mission auprès de l’AFC/M23 constitue ainsi une étape diplomatique, mais sa portée réelle se mesurera aux actes qui suivront.











