
Le Sénégal entre dans une phase décisive de sa stratégie de traitement de la dette. Dakar vise un accord de principe, d’ici décembre 2026, avec ses créanciers officiels et les détenteurs d’obligations. Cette démarche intervient après la découverte de passifs publics précédemment non déclarés, qui ont profondément modifié l’évaluation des finances de l’État et ses relations avec ses partenaires financiers.
Selon Reuters, les autorités sénégalaises ont présenté aux investisseurs leur stratégie dans le cadre du mécanisme du G20 destiné au traitement de la dette. L’objectif affiché est de mener des discussions parallèles avec les créanciers publics et privés afin de parvenir à un cadre commun. Le dossier porte notamment sur une dette supplémentaire estimée par des analystes à environ 13 milliards de dollars, révélée depuis 2024. Le gouvernement privilégie le terme de « traitement » ou de « reprofilage », plutôt qu’une restructuration générale, et entend préserver certaines catégories de dette.
Les obligations internationales constituent l’un des principaux enjeux des négociations. Leur encours est évalué à environ 5,2 milliards de dollars, dont 2,2 milliards seraient détenus par des investisseurs participant aux discussions. Dakar cherche également une contribution concernant environ 1 000 milliards de francs CFA, soit 1,72 milliard de dollars, liés à des contrats de total return swaps. Ces instruments, adossés à des titres publics en francs CFA, présentent une difficulté particulière puisqu’ils sont encore peu documentés dans les précédentes opérations de traitement souverain de dette, selon Reuters.
Le calendrier est aussi lié au retour du Fonds monétaire international. Le 1er septembre, le FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord au niveau des services sur un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Cet accord n’est toutefois pas définitif : son approbation par le conseil d’administration du FMI dépend notamment de mesures correctrices concernant le dossier de communication d’informations erronées et de l’obtention d’assurances de financement auprès des partenaires du Sénégal. Le programme doit contribuer à restaurer la viabilité de la dette et à mobiliser d’autres financements concessionnels.
L’enjeu dépasse désormais les seuls comptes publics sénégalais. Le pays occupe une place importante dans l’économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et demeure un emprunteur significatif sur le marché financier régional. Une solution négociée devra donc préserver autant que possible l’accès futur au financement, tout en rétablissant une trajectoire jugée soutenable par les institutions financières internationales. Le choix d’exclure la dette libellée en francs CFA du périmètre annoncé ajoute une dimension régionale aux discussions.
Le rendez-vous de décembre constitue ainsi une échéance de négociation, et non encore la garantie d’un accord final. La réussite du processus dépendra des modalités retenues, de la répartition de l’effort entre catégories de créanciers et de la validation du programme du FMI. Pour Dakar, l’objectif est double : réduire la pression financière immédiate et restaurer progressivement la crédibilité de ses comptes publics. Pour les créanciers, les discussions devront déterminer un traitement compatible avec la soutenabilité de la dette et la capacité future du Sénégal à honorer ses engagements.











