
L’Union africaine lance ce 7 octobre 2026 à Port-Louis, à Maurice, l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA). Mandatée au niveau continental, cette nouvelle institution doit produire des évaluations du risque de crédit portant sur les États, les entités infranationales et les entreprises africaines. Son lancement intervient dans un contexte marqué par l’augmentation du service de la dette extérieure et par une couverture encore incomplète des économies africaines par les grandes agences internationales.
La création d’AfCRA constitue l’aboutissement d’un processus engagé en 2018, lorsque l’Assemblée de l’Union africaine avait approuvé le principe d’une agence africaine de notation. Une déclaration adoptée en juillet 2023 par les ministres africains des Finances, des Affaires monétaires, de la Planification économique et de l’Intégration a ensuite apporté un soutien politique au projet. Les cadres institutionnels, de gouvernance et de méthodologie ont été développés en 2024 et 2025 sous l’égide du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP).
AfCRA affirme vouloir fournir des évaluations fondées sur les données, l’expertise et les réalités économiques africaines. L’agence doit compléter, et non remplacer, les grandes agences internationales de notation. Selon l’Union africaine, son champ d’intervention couvrira les États souverains, les entités infranationales, les entreprises et certaines institutions publiques ou privées. Son siège est établi à Port-Louis, choix lié notamment à l’importance du secteur financier mauricien.
L’enjeu est important dans un marché où l’information sur le risque influence directement les décisions des investisseurs et les conditions de financement. Selon l’Union africaine, seuls 32 des 55 États africains disposent actuellement d’une notation auprès des trois grandes agences internationales, laissant 23 économies sans couverture par ces acteurs. Reuters rapporte par ailleurs que le service de la dette extérieure africaine est passé de 61 milliards de dollars en 2010 à 163 milliards en 2024.
Ces données permettent de mesurer l’environnement dans lequel AfCRA commence ses activités, mais elles ne permettent pas encore d’établir un effet sur les coûts d’emprunt. Une agence de notation ne détermine pas à elle seule le prix auquel un État ou une entreprise se finance. La qualité de ses méthodologies, la transparence de ses évaluations, la disponibilité des données, la gestion des conflits d’intérêts et surtout la reconnaissance de ses notations par les investisseurs seront déterminantes.
L’Union africaine présente ainsi AfCRA comme un nouvel élément de l’architecture financière du continent. Son efficacité devra désormais être appréciée à partir de ses premières notations, de leur crédibilité auprès des marchés et de sa capacité à élargir durablement l’information disponible sur le risque africain. Le lancement du 7 octobre marque donc une étape institutionnelle ; ses effets économiques, eux, restent à démontrer.









