
Plus de trois ans après le début des hostilités, le Soudan reste profondément fragmenté par le conflit opposant les Forces armées soudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (FSR). La reprise de Khartoum par l’armée a modifié le rapport de forces dans le centre et l’est du pays, sans mettre fin aux combats. Le Darfour et les régions du Kordofan demeurent notamment des foyers majeurs de violence et de déplacements.
La guerre déclenchée le 15 avril 2023 entre les SAF dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan et les FSR de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, continue de transformer la géographie politique et militaire du Soudan. Le conflit est né de la rupture entre les deux composantes de l’appareil sécuritaire qui avaient participé à la transition politique après la chute d’Omar el-Béchir. Le désaccord portait notamment sur le calendrier et les modalités d’intégration des FSR dans l’armée régulière.
Sur le terrain, les positions ont évolué depuis les premières phases de la guerre. Les SAF ont repris le contrôle de Khartoum après les offensives menées contre les FSR, renforçant leur présence dans plusieurs secteurs du centre et de l’est. Les FSR conservent toutefois une implantation importante dans l’ouest, notamment au Darfour. La prise d’El-Fasher par les FSR en octobre 2025 avait constitué une évolution majeure dans cette région, après un long siège de la capitale du Darfour du Nord.
La situation reste également instable dans le Kordofan. En juin 2026, les Nations unies faisaient état d’une intensification des combats autour d’El-Obeid, dans le Kordofan du Nord, avec des attaques de drones touchant des civils et des infrastructures. L’organisation signalait aussi le risque d’une nouvelle offensive de grande ampleur autour de cette ville stratégique.
Cette fragmentation militaire s’accompagne d’une crise humanitaire considérable. Selon les Nations unies, plus de 14 millions de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit, à l’intérieur du pays ou vers les États voisins. En septembre 2026, l’ONU signalait encore des déplacements liés aux combats et aux frappes de drones au Darfour, dans les régions du Kordofan et dans l’État du Nil-Bleu.
Les conséquences dépassent également les pertes humaines et les déplacements. Les infrastructures essentielles ont été fortement endommagées. À Khartoum, le déminage et l’enlèvement des restes explosifs constituent désormais une condition préalable à la remise en état de certains équipements publics, notamment les réseaux électriques. Entre janvier et juin 2026, 108 personnes ont été tuées ou blessées dans 38 accidents liés aux engins explosifs, selon l’UNMAS.
La poursuite des combats montre ainsi que la reprise de la capitale par les SAF n’a pas débouché sur une réunification militaire du pays. Les initiatives diplomatiques continuent de rechercher un cessez-le-feu et une solution politique, mais aucune issue durable n’a encore permis de mettre fin aux affrontements. Le Conseil de sécurité des Nations unies a, en septembre 2026, renouvelé les mesures de sanctions concernant le Soudan.
Le conflit soudanais demeure donc marqué par une forte fragmentation territoriale, une crise humanitaire persistante et des combats concentrés dans plusieurs régions. Tant que les rapports de force militaires ne seront pas accompagnés d’un règlement politique, la stabilisation du pays restera confrontée à des obstacles importants.











