
L’ancien président sierra-léonais Ernest Bai Koroma a regagné Freetown dimanche 6 septembre, après plus de deux ans passés au Nigeria. Son retour intervient après la décision du procureur général de Sierra Leone, annoncée en juillet, de mettre fin aux poursuites pénales engagées contre lui dans le dossier lié aux événements de novembre 2023. Cette évolution clôt, à ce stade, une séquence judiciaire et politique suivie avec attention dans le pays et dans la région.
Koroma, qui a dirigé la Sierra Leone de 2007 à 2018, avait quitté le pays en janvier 2024 après avoir été inculpé de trahison et de dissimulation de trahison, dans le cadre des investigations sur les violences du 26 novembre 2023. Selon les autorités, des hommes armés avaient alors attaqué des installations militaires et pénitentiaires à Freetown. Au moins 21 personnes avaient été tuées et plus de 2 200 détenus s’étaient évadés, selon les informations rapportées par Xinhua et Africanews.
Après son inculpation, Koroma avait obtenu une autorisation judiciaire de se rendre au Nigeria pour trois mois afin d’y recevoir des soins médicaux. Il y est finalement resté plus de deux ans. Le 14 juillet 2026, le Bureau du procureur général et ministre de la Justice a annoncé la discontinuation des poursuites, en application de l’article 45 du Criminal Procedure Act de 2024. L’annonce précisait que la procédure n’était plus pendante devant les tribunaux et que la liberté de retour de l’ancien président était rétablie.
Cette décision ne doit toutefois pas être assimilée, sur le plan juridique, à un acquittement définitif. Une analyse publiée par SierraLII rappelle qu’un nolle prosequi constitue une interruption des poursuites et qu’il peut, selon le droit applicable, ne pas empêcher une nouvelle procédure sur les mêmes faits. L’état exact du dossier doit donc être distingué de la portée politique du retour de Koroma.
Le retour à Freetown s’est effectué avec l’accompagnement de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo et de la ministre nigériane des Affaires étrangères Bianca Odumegwu-Ojukwu. Le gouvernement nigérian a présenté cette démarche comme l’aboutissement d’un processus régional de dialogue et de confiance, auquel la CEDEAO avait également été associée.
Pour la Sierra Leone, l’enjeu dépasse désormais la seule situation personnelle de l’ancien chef de l’État. Le pays prépare les prochaines élections générales attendues en 2028, tandis que les institutions électorales travaillent déjà sur les réformes et la consolidation de la confiance publique. Le retour de Koroma intervient ainsi dans une période où la stabilité institutionnelle et la gestion des différends politiques restent des questions centrales.
Son retour ne permet pas, à lui seul, de conclure à une réconciliation politique achevée. Il constitue néanmoins un fait nouveau dans les relations entre les principaux acteurs politiques sierra-léonais. La manière dont cette nouvelle phase sera gérée par les autorités, l’opposition et les institutions déterminera sa portée réelle sur le dialogue politique et la préparation des prochaines échéances électorales.











