
Dans le nord-est du Nigeria, la branche ouest-africaine du groupe État islamique, connue sous le nom d’« Islamic State West Africa Province » (ISWAP), a diffusé des images montrant l’exécution de plusieurs personnes accusées d’espionnage au profit de l’armée nigériane dans l’État de Borno. Cet épisode intervient dans un contexte de recrudescence des attaques contre les positions militaires et les civils dans le bassin du lac Tchad, où les groupes armés conservent une capacité opérationnelle significative malgré les offensives sécuritaires menées ces dernières années.
Selon plusieurs contenus relayés sur les réseaux sociaux spécialisés dans le suivi des conflits armés, les victimes auraient été accusées par l’ISWAP d’avoir transmis des renseignements aux forces nigérianes. Les faits se seraient déroulés dans une zone rurale de l’État de Borno, épicentre historique de l’insurrection jihadiste au Nigeria depuis plus de quinze ans.
L’ISWAP, issu d’une scission de Boko Haram en 2016, maintient une stratégie mêlant attaques contre les infrastructures militaires, contrôle territorial localisé et campagnes de coercition dirigées contre les populations soupçonnées de collaborer avec les autorités. Le groupe s’est notamment renforcé après l’affaiblissement progressif de la faction fidèle à Abubakar Shekau, tué en 2021 lors d’affrontements internes.

Les images récemment diffusées montrent également des combattants armés de fusils d’assaut d’origines diverses, principalement des modèles roumains PM md. 65 et PM md. 90, ainsi que des Type 56-1 et Type 56-2 de fabrication chinoise. Ces armes sont des variantes de la plateforme AK, largement répandues dans les zones de conflit africaines en raison des trafics régionaux et de la circulation d’anciens stocks militaires.
Les observateurs sécuritaires notent que l’ISWAP récupère une partie de son armement lors d’attaques contre des bases militaires, mais s’approvisionne également via des réseaux transfrontaliers actifs autour du Niger, du Tchad et du Cameroun.
Depuis le début de l’année 2026, plusieurs attaques attribuées à l’ISWAP ont ciblé des positions militaires dans les États de Borno et de Yobe. En mars, des raids coordonnés contre plusieurs bases auraient causé la mort d’au moins 65 soldats nigérians, selon des médias internationaux. Quelques jours plus tard, l’armée nigériane affirmait avoir repoussé une nouvelle offensive à Mallam Fatori, annonçant la neutralisation de plus de 60 combattants jihadistes.
Les autorités nigérianes poursuivent l’opération militaire « Hadin Kai », destinée à contenir l’insurrection dans le nord-est du pays. Toutefois, malgré l’appui de partenaires internationaux et le déploiement de moyens aériens, les groupes armés continuent de démontrer leur mobilité et leur capacité d’adaptation tactique, notamment par l’utilisation de drones, d’engins explosifs improvisés et d’attaques éclairs contre des garnisons isolées.
L’exécution présumée de civils accusés d’espionnage illustre également le climat de pression sécuritaire qui prévaut dans plusieurs localités de Borno. Entre les exigences des groupes armés et les opérations des forces de sécurité, de nombreuses communautés demeurent exposées à des représailles et à des déplacements forcés dans une région où le conflit a déjà provoqué des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés depuis 2009.









