
La justice tanzanienne a condamné, vendredi 6 novembre 2026, Tundu Lissu, président du principal parti d’opposition, CHADEMA, à quatre années d’emprisonnement pour incitation. Cette décision intervient au terme de plus de dix-huit mois de détention et d’une procédure initialement engagée pour trahison, une infraction passible de la peine capitale. Si la Haute Cour l’a acquitté de cette accusation principale, elle l’a reconnu coupable d’une infraction moins grave. Le verdict relance les interrogations sur les garanties judiciaires, les libertés politiques et le fonctionnement démocratique en Tanzanie.
La décision rendue par la Haute Cour de Tanzanie, dans son antenne de Dar es Salaam, repose sur une distinction juridique importante. Tundu Lissu était poursuivi pour trahison, en raison de déclarations prononcées le 3 avril 2025 au siège de son parti. Selon l’accusation, ses propos encourageaient la population à empêcher ou à perturber les élections générales d’octobre 2025. La juridiction, composée de trois magistrats sous la présidence du juge Dunstan Ndunguru, a estimé que les éléments présentés par le ministère public ne permettaient pas d’établir l’intention nécessaire à la caractérisation de la trahison.
Toutefois, cet acquittement n’a pas entraîné sa libération. Les magistrats ont retenu l’infraction d’incitation, prévue à l’article 390 du Code pénal, en s’appuyant sur l’article 319 du Code de procédure pénale, qui autorise une condamnation pour une infraction moindre établie à partir des faits soumis au tribunal. La peine prononcée est de quatre ans d’emprisonnement. Il importe donc de distinguer le rejet de l’accusation de trahison de la condamnation effectivement retenue : juridiquement, les deux décisions ne se contredisent pas nécessairement, mais leur articulation peut faire l’objet d’un examen en appel.
L’affaire présente également une dimension procédurale. Arrêté en avril 2025, Tundu Lissu a passé 577 jours en détention provisoire avant le jugement. Son équipe juridique a annoncé son intention de contester la décision et de solliciter une mise en liberté sous caution pendant la procédure d’appel. Elle s’interroge notamment sur la prise en compte de cette période de détention dans la détermination de la peine. Cette question devra être appréciée à partir des motifs complets du jugement et des dispositions applicables.
Au-delà du dossier individuel, le verdict intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. L’élection présidentielle d’octobre 2025, remportée par Samia Suluhu Hassan, s’est déroulée sans participation de plusieurs figures majeures de l’opposition. Le scrutin a été suivi de manifestations et de violences meurtrières. Selon Reuters, une commission d’enquête mise en place par les autorités a fait état d’au moins 518 morts. Ces événements ont suscité des préoccupations internationales concernant les libertés publiques et les conditions d’exercice de la compétition politique.
Les appréciations des acteurs restent cependant distinctes des constatations judiciaires. CHADEMA conteste la condamnation et annonce un recours. Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent, pour leur part, des atteintes aux garanties du procès équitable et critiquent le traitement réservé à l’opposition. Ces organisations expriment des positions qui doivent être examinées à la lumière des éléments documentés, sans être assimilées à des conclusions définitives d’une juridiction.
L’enjeu dépasse ainsi la seule condamnation de Tundu Lissu. Il concerne la capacité des institutions tanzaniennes à garantir simultanément l’application de la loi, l’indépendance des magistrats et la protection des libertés politiques. La procédure d’appel constituera une étape déterminante pour apprécier les arguments juridiques soulevés par la défense. La crédibilité démocratique du pays dépendra également de la transparence de ses institutions et du respect effectif des droits reconnus à l’ensemble des acteurs politiques.










