Le 3 novembre 2026, l’Assemblée nationale sénégalaise a rejeté, pour la troisième fois, le projet de loi de finances rectificative de l’année. Ce nouveau désaccord entre parlementaires et gouvernement intervient alors que Dakar cherche à obtenir un financement de 2,2 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). Entre exigences de transparence budgétaire, révision des objectifs macroéconomiques et restructuration de la dette, le vote parlementaire met en évidence les contraintes institutionnelles et financières auxquelles le Sénégal doit faire face.
Le scrutin du 3 novembre constitue un nouveau revers pour l’exécutif sénégalais. Selon Reuters, 126 députés sur les 165 membres de l’Assemblée nationale ont voté contre le texte, tandis que 20 se sont prononcés contre la procédure de rejet et trois se sont abstenus. Le décompte initial, communiqué après le vote, faisait état de 109 voix favorables au rejet. Il a ensuite été corrigé pour intégrer 17 procurations initialement omises. Le projet avait déjà été rejeté à deux reprises par la commission parlementaire des finances, en octobre.
Au cœur des désaccords figure la crédibilité des nouvelles hypothèses économiques et financières présentées par le gouvernement. Le projet rectificatif ramène la prévision de croissance économique à 2,7 % en 2026, contre environ 5 % dans les projections précédentes. Le déficit budgétaire est, quant à lui, réévalué à 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % dans la loi de finances initiale. Ces ajustements traduisent notamment les répercussions de la hausse des coûts énergétiques et la révision à la baisse des recettes publiques attendues.
La facture des subventions énergétiques illustre cette pression sur les finances publiques. D’après le projet gouvernemental, leur montant passerait de 250 milliards à 790,3 milliards de francs CFA, soit une augmentation de 540,3 milliards. Parallèlement, les recettes attendues du Plan de redressement économique et social (PRES) seraient ramenées de 762,9 à 311,5 milliards de francs CFA. Ces évolutions réduisent les marges de manœuvre budgétaires et imposent des arbitrages entre dépenses publiques, investissements et engagements financiers de l’État.
Les objections parlementaires portent notamment sur la sincérité des prévisions, l’accès aux documents budgétaires et la justification de certaines dépenses. Le député Amadou Ba a contesté la crédibilité du déficit annoncé et les perspectives d’exécution de 644 milliards de francs CFA d’investissements financés sur ressources extérieures. Le ministre de l’Économie, Cheikh Diba, a défendu les hypothèses gouvernementales, estimant que les divergences concernaient davantage les orientations du programme de redressement économique et social. Le rejet est ainsi intervenu sans examen approfondi des dispositions du texte en séance plénière.
L’enjeu dépasse toutefois le désaccord entre les institutions nationales. Le Sénégal attend l’approbation d’un programme triennal de financement d’environ 2,2 milliards de dollars, négocié avec le FMI. Le 1er septembre 2026, les services du Fonds et les autorités sénégalaises avaient annoncé un accord préliminaire au niveau des équipes techniques. Celui-ci reste soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du FMI, ainsi qu’à la réalisation de mesures correctives et à l’obtention de garanties de financement auprès des partenaires du pays.
Le rejet du budget ne signifie donc pas automatiquement l’abandon du programme. Il complique néanmoins son calendrier et sa validation. Le FMI a rappelé que le cadre budgétaire finalement adopté par le Sénégal devra rester cohérent avec les paramètres et les objectifs de l’accord préliminaire. Cette exigence place les autorités devant une double nécessité : trouver un compromis parlementaire sur les orientations financières et maintenir la crédibilité des engagements pris auprès de leurs partenaires extérieurs.
Cette situation intervient dans un contexte d’endettement particulièrement contraignant. Selon les données du FMI rapportées par Reuters, la dette du Sénégal atteignait 132 % du PIB à la fin de 2024, après la découverte d’emprunts contractés sous l’administration précédente et qui n’avaient pas été correctement déclarés. La restructuration de cette dette et la mobilisation de nouveaux financements constituent ainsi des enjeux majeurs pour la gestion des finances publiques.
Au-delà du cas sénégalais, cet épisode pose une question importante pour les économies africaines : comment concilier souveraineté budgétaire, contrôle parlementaire et dépendance aux financements extérieurs ? Le Parlement exerce son pouvoir de contrôle en contestant les choix de l’exécutif, mais ce contrôle intervient dans un environnement où les décisions budgétaires conditionnent aussi l’accès aux ressources internationales.
La responsabilité des institutions consiste dès lors à rendre les arbitrages publics suffisamment transparents et documentés pour permettre leur examen. Pour Dakar, la recherche d’un compromis ne relève donc pas uniquement d’un déblocage politique : elle conditionne également la lisibilité de sa trajectoire financière auprès des créanciers et des partenaires internationaux.