
La Guinée-Bissau s’apprête à franchir une étape majeure de son évolution institutionnelle. Les électeurs sont convoqués aux urnes le 30 août pour se prononcer sur un projet de nouvelle Constitution qui renforcerait considérablement les prérogatives du chef de l’État. Ce scrutin, organisé dans un contexte de transition politique après le renversement du président Umaro Sissoco Embaló, pourrait modifier durablement l’équilibre des pouvoirs dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Par un décret publié lundi, les autorités de transition ont officiellement fixé au 30 août la tenue d’un référendum constitutionnel destiné à soumettre au vote populaire une profonde réforme des institutions. L’objectif affiché est de remplacer le système parlementaire en vigueur par un régime présidentiel, redéfinissant ainsi les rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif.
Le projet de Constitution prévoit un renforcement substantiel des compétences du président de la République. En cas d’adoption, celui-ci disposerait notamment du pouvoir de nommer directement le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement. Il pourrait également dissoudre le Parlement, une prérogative qui modifierait sensiblement l’architecture institutionnelle du pays.
Jusqu’à présent, le fonctionnement politique bissau-guinéen reposait sur un régime parlementaire dans lequel le Premier ministre était issu de la majorité parlementaire. Ce mécanisme visait à assurer un partage des responsabilités entre le chef de l’État et l’Assemblée nationale. La réforme soumise au référendum consacrerait une concentration plus importante des pouvoirs au sein de l’exécutif présidentiel.
Ce rendez-vous électoral intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Neuf mois auparavant, un coup d’État avait renversé le président Umaro Sissoco Embaló, interrompant le processus électoral initialement prévu en 2025 et ouvrant une nouvelle période de transition institutionnelle.
La Guinée-Bissau, indépendante depuis 1974, demeure l’un des États les plus politiquement instables d’Afrique de l’Ouest. Le pays, qui compte environ 2,2 millions d’habitants, a connu de multiples coups d’État, tentatives de putsch et crises institutionnelles depuis son accession à la souveraineté. Cette instabilité chronique a régulièrement affecté le fonctionnement des institutions et freiné les réformes politiques ainsi que le développement économique.
Les autorités de transition présentent cette révision constitutionnelle comme une réforme destinée à renforcer la stabilité de l’État et à améliorer la gouvernance. À l’inverse, certains observateurs estiment que le renforcement des pouvoirs présidentiels pourrait susciter de nouveaux débats sur l’équilibre institutionnel et les mécanismes de contrôle démocratique.
Au-delà du référendum, le calendrier électoral prévoit l’organisation d’élections présidentielle et législatives le 6 décembre. Ces scrutins constitueront une étape déterminante pour le retour à un ordre constitutionnel durable. Leur déroulement, tout comme l’issue du référendum du 30 août, sera suivi de près par les partenaires régionaux et internationaux, qui y voient un test important pour la consolidation de la stabilité politique en Guinée-Bissau.










