
Il y a trois ans, l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré à la tête du Burkina Faso avait suscité l’espoir d’un tournant décisif. Porté au pouvoir après avoir écarté Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même issu d’un coup d’État, le jeune officier promettait une nouvelle ère : restauration de la sécurité, redressement de l’économie et retour de la souveraineté nationale. Pourtant, à l’aube de ce nouvel anniversaire, le constat demeure préoccupant : l’insécurité reste omniprésente et le terrorisme continue de s’étendre, au Burkina comme dans l’ensemble du Sahel.
Sur le terrain, les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique poursuivent leur stratégie d’enracinement. Les attaques se multiplient dans les zones rurales, ciblant aussi bien les forces de défense que les populations civiles. Villages incendiés, déplacements massifs de populations et blocus imposés à certaines localités rappellent que la promesse de sécurisation n’a pas encore trouvé de traduction concrète. Selon les organisations humanitaires, des millions de Burkinabè vivent toujours dans des conditions précaires, déplacés à l’intérieur du pays ou piégés par l’avancée des groupes djihadistes.
Face à cette réalité, le capitaine Traoré a multiplié les annonces de réformes. Le rapprochement diplomatique avec Moscou, marqué par une coopération militaire renforcée, visait à donner une nouvelle impulsion à la lutte contre le terrorisme. Mais sur le terrain, les résultats demeurent limités. Les opérations conjointes avec les forces locales n’ont pas inversé la tendance et la question du financement durable des campagnes militaires reste entière.
Au-delà du défi sécuritaire, l’économie burkinabè peine également à se relever. L’agriculture, pilier du pays, est fragilisée par l’insécurité et les infrastructures restent insuffisantes. Quant aux libertés publiques, elles se trouvent restreintes, souvent justifiées par l’urgence sécuritaire, mais critiquées par certains observateurs qui redoutent un affaiblissement de l’espace démocratique.
Le cas burkinabè illustre plus largement la dynamique qui frappe l’ensemble du Sahel. Le Mali, le Niger et désormais le Burkina Faso ont en commun d’avoir vu leurs gouvernements militaires promettre un rétablissement rapide de l’ordre. Mais la montée continue du terrorisme, malgré de nouvelles alliances régionales et internationales, montre la complexité d’un conflit qui dépasse les frontières et s’alimente de la fragilité institutionnelle, économique et sociale des États.
Trois ans après son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré est confronté à une équation redoutable : maintenir la confiance d’une population lassée des promesses non tenues tout en cherchant une solution durable à un conflit qui paraît, aujourd’hui encore, loin d’être résolu.












