
Le dépouillement des élections municipales en Afrique du Sud confirme le recul du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994. Selon les données de la Commission électorale indépendante (IEC), rapportées par Reuters le 6 novembre, le parti recueillait environ 32 % des suffrages après le comptage de 90 % des votes, contre 24 % pour l’Alliance démocratique (DA). Ces résultats provisoires dessinent un paysage fragmenté, où les coalitions pourraient déterminer le contrôle de plusieurs grandes municipalités.
Cette avance de l’ANC ne masque pas l’ampleur de son recul. En 2021, le parti avait obtenu 45,6 % des voix. La projection du Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR), qui le situait autour de 31 % à l’issue du dépouillement, représente une baisse d’environ 14,6 points en cinq ans. La DA, pour sa part, progresse par rapport à ses 21,7 % de 2021 et atteint environ 24 à 24,5 % dans les décomptes disponibles.
Le scrutin prolonge le changement de rapport de force apparu aux élections nationales de mai 2024. L’ANC avait alors recueilli environ 40 % des suffrages et perdu sa majorité à l’Assemblée nationale pour la première fois depuis la fin de l’apartheid. Cette situation avait conduit à la formation d’un gouvernement d’unité nationale auquel participe la DA. Les élections municipales ne reproduisent pas mécaniquement le scrutin national, mais confirment que l’ANC ne dispose plus du soutien électoral qui lui permettait de gouverner seul.
La fragmentation se lit dans les résultats des autres formations. Umkhonto weSizwe (MK), le parti fondé par l’ancien président Jacob Zuma, recueille près de 10 % dans les premières consolidations nationales. Les Combattants pour la liberté économique (EFF) et ActionSA obtiennent également des parts significatives. Cette dispersion complique l’obtention de majorités absolues et renforce le rôle des partis intermédiaires dans les conseils municipaux.
Les grandes villes concentrent les enjeux. Johannesburg et Tshwane figurent parmi les conseils où les projections ne dégagent pas de majorité autonome. À eThekwini, qui comprend Durban, le MK est en position de force. Au Cap, la DA est en mesure de conserver une majorité. Le classement national ne détermine donc pas à lui seul le contrôle des collectivités. Au 7 novembre, plus d’une centaine de conseils dont le dépouillement était avancé ne disposaient pas de majorité absolue.
Les services municipaux constituent un enjeu concret. L’approvisionnement en eau et en électricité, l’entretien des infrastructures, la collecte des déchets, la sécurité et le chômage figurent parmi les préoccupations de la campagne. La gestion locale est au centre de l’évaluation des équipes sortantes, même si certaines compétences et ressources relèvent aussi des autorités provinciales et nationales.
Dans les conseils sans majorité, les partis devront négocier la désignation des responsables municipaux, les budgets et les priorités de gestion. La stabilité de ces accords sera déterminante pour limiter les blocages institutionnels. Les résultats définitifs de l’IEC restent attendus : le scrutin confirme le recul de l’ANC, mais sa traduction en nouvelles majorités locales dépendra des alliances conclues et de leur capacité à durer.











