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Sénégal : crise budgétaire et tensions politiques fragilisent les discussions avec le FMI

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Le Sénégal traverse une nouvelle zone de turbulences dans la conduite de ses finances publiques. Le 5 novembre 2026, le ministère des Finances a fait état d’une demande de retrait du projet de loi de finances 2027 formulée par la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Cette confrontation intervient alors que Dakar cherche à obtenir un financement de 2,2 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI), indispensable à sa stratégie de redressement économique et financier.

La séquence politique et budgétaire qui se déroule à Dakar révèle les difficultés rencontrées par les autorités sénégalaises pour concilier leurs orientations économiques et leurs divergences institutionnelles. À l’origine du nouvel épisode de tension, le rejet, le 3 novembre, du projet de loi de finances rectificative pour 2026 par l’Assemblée nationale. Selon Reuters, 126 députés sur les 165 que compte l’institution ont voté contre ce texte, ouvrant une nouvelle phase de désaccord entre l’exécutif et la majorité parlementaire.

La commission des Finances estime que ce rejet remet en question les hypothèses économiques et budgétaires ayant servi à élaborer le projet de budget 2027. Elle a, en conséquence, demandé son retrait afin que le gouvernement présente un document reposant sur des bases financières qu’elle juge cohérentes. Le ministère des Finances considère, pour sa part, que cette démarche risque de compromettre les efforts engagés pour stabiliser les comptes publics. La commission a néanmoins précisé que la décision définitive de retirer ou de maintenir le projet appartient au gouvernement.

Derrière ce différend technique se dessine également une confrontation politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ancien Premier ministre, dont le parti PASTEF conserve une position dominante à l’Assemblée nationale. Cette situation place les relations entre les différentes composantes du pouvoir au cœur d’un débat qui dépasse désormais la seule procédure budgétaire.

L’enjeu financier est considérable. La découverte d’environ 13 milliards de dollars de dette précédemment sous-déclarée a profondément modifié l’appréciation de la situation économique du Sénégal. Selon les données évoquées par Reuters, la dette publique atteignait 132 % du produit intérieur brut à la fin de 2024. Cette situation a réduit les marges de financement de l’État et rendu plus complexe le rétablissement de la confiance des créanciers.

Dans ce contexte, l’accord conclu au niveau des services du FMI, le 1er septembre 2026, constitue une étape importante. Il prévoit un programme de 36 mois, évalué à environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 243 milliards de francs CFA. Toutefois, cet accord technique ne vaut pas approbation définitive : sa mise en œuvre reste notamment conditionnée à l’examen et à la validation par les instances dirigeantes du Fonds.

Les indicateurs budgétaires illustrent l’ampleur des ajustements attendus. Le projet de budget rectificatif 2026 retenait un déficit pouvant atteindre 7,6 % du PIB, contre 5,4 % dans la loi de finances initiale. Pour 2027, le gouvernement envisage une réduction du déficit à 4,7 % du PIB, selon le projet de loi de finances publié en octobre. Cette trajectoire suppose une mobilisation accrue des recettes, une maîtrise des dépenses et une gestion plus rigoureuse de l’endettement.

Pour le Sénégal, la question dépasse donc l’obtention d’un financement extérieur. Elle concerne la capacité des institutions à s’accorder sur les instruments du redressement économique. Un blocage prolongé pourrait retarder le programme du FMI, compliquer la restructuration de la dette et entretenir l’incertitude auprès des partenaires financiers. Il ne signifie toutefois pas, à lui seul, que ces objectifs sont définitivement compromis.

En définitive, le redressement des finances publiques sénégalaises dépendra autant de la cohérence des choix économiques que de la capacité des institutions à dépasser leurs divergences. La recherche d’un compromis budgétaire entre l’exécutif et le Parlement apparaît ainsi comme une condition importante pour préserver la crédibilité financière du pays.

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