Accueil AFRIQUE Guinée : l’expulsion de plus de 8 000 orpailleurs burkinabè provoque des...

Guinée : l’expulsion de plus de 8 000 orpailleurs burkinabè provoque des tensions diplomatiques

Photo d'illustration

L’expulsion de milliers d’orpailleurs burkinabè de Guinée vers le Mali a ouvert une séquence de tensions entre Conakry et Ouagadougou. Déclenchée dans le cadre d’une opération contre l’exploitation aurifère artisanale jugée illégale, cette mesure soulève des interrogations sur les conditions de son application. Au-delà des désaccords exprimés par les autorités burkinabè, l’affaire met en lumière les difficultés de coordination entre États voisins face aux mouvements transfrontaliers de populations.

La situation a pris une dimension régionale au début du mois de novembre 2026, après l’arrivée de milliers de personnes expulsées de sites d’orpaillage guinéens dans des localités maliennes. À Kouremalé, dans la commune de Benkadi, le maire Mamby Keïta a fait état de plus de 8 000 personnes enregistrées au 2 novembre. Selon les informations rapportées par Studio Tamani et reprises par Madar, la majorité serait de nationalité burkinabè. Ce chiffre constitue toutefois un décompte local des arrivées, et non un bilan consolidé officiellement par les trois États concernés.

À l’origine de cette situation, les autorités guinéennes ont engagé une opération visant à mettre fin à l’exploitation artisanale et illégale de l’or dans plusieurs zones de la préfecture de Siguiri, dans le nord-est du pays. Cette intervention s’inscrit dans une volonté affichée de mieux encadrer les activités minières, notamment en raison de leurs conséquences sur l’environnement, les terres agricoles et les ressources en eau. La mesure relève ainsi d’une politique nationale de réglementation du secteur aurifère. Son application concerne les personnes exerçant des activités considérées comme irrégulières, indépendamment de leur nationalité.

Toutefois, c’est principalement la conduite de l’opération qui suscite les critiques burkinabè. Le 4 novembre, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, s’est rendu à Bamako à la tête d’une délégation gouvernementale afin d’évaluer la situation des ressortissants concernés et de préparer leur retour. Il a déclaré que ni Ouagadougou ni Bamako n’avaient été informés préalablement de l’intervention guinéenne. Il a également fait état de blessés, parfois par balles, et évoqué des traitements cruels, inhumains et dégradants. Ces accusations, rapportées notamment par le quotidien burkinabè Sidwaya, restent à établir par des investigations indépendantes. Aucun bilan vérifié des décès n’est disponible dans les éléments publiquement rapportés.

La position guinéenne apporte cependant un éclairage différent. Dans un communiqué conjoint publié le 2 novembre, cinq ministères ont justifié l’intervention par la dégradation de l’environnement, la destruction des terres agricoles et la pollution de cours d’eau, notamment le Niger et le Tinkisso. Conakry affirme vouloir faire respecter la réglementation minière et précise que les mesures concernent les contrevenants sans distinction de nationalité. Le gouvernement a également annoncé le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité, tout en assurant que les opérations seraient conduites dans le respect des droits humains.

Le 5 novembre, le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a défendu cette politique devant le corps diplomatique accrédité à Conakry. Il a notamment évoqué des arrestations de ressortissants de plusieurs nationalités, dont 409 Burkinabè et 606 Maliens, selon les chiffres rapportés par la presse guinéenne. Il a affirmé que les personnes concernées avaient été remises à leurs représentations diplomatiques. Cette version met en avant l’application de la législation nationale et le traitement judiciaire des infractions présumées. Elle ne répond toutefois pas, à elle seule, aux interrogations sur les conditions concrètes du départ des milliers de personnes recensées au Mali.

Les réactions au sein de la communauté burkinabè installée en Guinée montrent également que la question ne se réduit pas à une opposition entre deux gouvernements. Roland Jean Didier Lankoandé, président de l’Association des ressortissants burkinabè vivant en Guinée, a déclaré à Guinée360 que la décision guinéenne relevait de la souveraineté de l’État et ne devait pas être interprétée comme une mesure dirigée contre une nationalité particulière. Il a néanmoins plaidé pour un accompagnement des jeunes concernés afin de faciliter leur retour dans leurs localités d’origine.
Guinee360

Sur le terrain, le Mali occupe désormais une position déterminante dans la gestion de cette situation. Les autorités maliennes ont organisé l’accueil des personnes arrivées de Guinée et engagé des concertations avec Ouagadougou. Le 4 novembre, les deux gouvernements ont convenu de faciliter leur retour sécurisé et ordonné. Le Burkina Faso a annoncé la mobilisation d’une centaine d’autocars, dont 50 étaient déjà en route sur le territoire malien, ainsi que l’identification de sites d’accueil. Cette coopération opérationnelle contraste avec les difficultés de concertation dénoncées au sujet de l’intervention initiale.

Au-delà de l’urgence humanitaire, cette affaire pose une question de gouvernance régionale. L’exploitation artisanale de l’or mobilise une main-d’œuvre circulant entre plusieurs pays ouest-africains. Les décisions nationales relatives aux ressources minières, à l’environnement et au séjour des étrangers produisent donc des conséquences qui dépassent rapidement les frontières. La libre circulation des personnes ne dispense pas les travailleurs du respect des législations nationales, mais leur application appelle également des garanties de protection, de proportionnalité et de dignité.

Pour Conakry et Ouagadougou, l’enjeu immédiat consiste à éviter que ce différend ne fragilise davantage leurs relations bilatérales. La situation souligne surtout la nécessité de mécanismes d’information préalable, de concertation consulaire et de gestion humanitaire des opérations transfrontalières. La souveraineté des États et la coopération régionale ne sont pas incompatibles : leur articulation constitue précisément l’une des conditions d’une gestion durable des mobilités en Afrique de l’Ouest.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!