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Paraguay : la démission du président Santiago Peña après l’effondrement d’une banque numérique

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La défaillance d’Ueno Bank, l’un des principaux établissements financiers numériques du Paraguay, a provoqué une crise dépassant largement le secteur bancaire. Le 5 novembre 2026, le président Santiago Peña a annoncé sa démission, sous la pression de manifestations populaires, d’accusations politiques et d’une procédure de destitution engagée au Congrès. Avec près de trois millions de clients concernés, cette affaire met en lumière les liens entre gouvernance financière, contrôle prudentiel et responsabilité des dirigeants publics.

La crise trouve son origine dans la dégradation de la situation financière d’Ueno Bank. Le 2 novembre, la Banque centrale du Paraguay a décidé, à l’unanimité, d’engager une procédure de résolution de l’établissement, après avoir constaté que son ratio de solvabilité était tombé sous 50 % du minimum réglementaire exigé, à la suite de corrections apportées à ses états financiers. La décision officielle, publiée le 3 novembre, visait notamment à préserver les actifs de la banque et à organiser la protection des déposants.

L’ampleur de l’établissement explique les répercussions immédiates de cette intervention. Ueno revendiquait environ 2,9 millions de clients dans un pays comptant un peu plus de six millions d’habitants. Le gel des comptes a privé de nombreux particuliers et entreprises de l’accès à leurs ressources, tandis que des fonds publics et des avoirs liés aux organismes de retraite figuraient également parmi les sommes administrées par la banque. Selon Reuters, près de 850 millions de dollars de fonds publics étaient concernés par les activités de l’établissement.

L’affaire a rapidement pris une dimension politique en raison des liens antérieurs entre Santiago Peña et le groupe économique associé à Ueno. Des parlementaires ont évoqué des conflits d’intérêts, une utilisation contestée de fonds de retraite et d’éventuelles défaillances dans la surveillance de l’établissement. Le chef de l’État a contesté toute responsabilité personnelle et indiqué avoir cédé ses participations antérieures. Ces accusations doivent toutefois être distinguées des faits établis : les investigations judiciaires et les vérifications institutionnelles restent déterminantes pour établir d’éventuelles responsabilités.

La pression est devenue particulièrement forte lorsque des élus de son propre parti ont rejoint les appels à sa destitution. Des manifestations ont également été organisées à Asunción. Dans ce contexte, Peña a annoncé, le 5 novembre, sa décision de présenter sa démission, invoquant la stabilité nationale, la paix sociale et la préservation des institutions démocratiques. Cependant, cette annonce ne signifie pas que son départ soit automatiquement devenu effectif : le Congrès n’a pas immédiatement accepté sa démission, tandis que la procédure politique suivait son cours.

La dimension financière de la crise appelle également une réponse concrète. Le 5 novembre, la Banque centrale a annoncé le démarrage des remboursements au titre du Fonds de garantie des dépôts. Une première catégorie de clients, disposant de dépôts ne dépassant pas 10 millions de guaranis, sans dette envers Ueno et possédant un compte dans un autre établissement, doit bénéficier de cette procédure. Le dispositif légal prévoit une couverture pouvant atteindre 75 salaires minimums mensuels, soit 228,3 millions de guaranis par déposant et par établissement.

Au-delà du remboursement des épargnants, l’enjeu concerne la crédibilité des mécanismes de régulation. Reuters rapporte que les autorités paraguayennes considèrent cette défaillance comme un cas particulier, qui ne traduit pas nécessairement une fragilité généralisée du système bancaire national. Toutefois, les interrogations sur la surveillance de l’établissement, notamment les liens antérieurs entre certains responsables et ses dirigeants, constituent désormais un volet central des investigations.

L’affaire révèle ainsi plusieurs niveaux de responsabilité qu’il importe de ne pas confondre : celle des dirigeants de l’établissement dans sa gestion, celle des autorités prudentielles dans leur mission de contrôle et celle des responsables politiques dans la protection de l’intérêt public. La démission annoncée de Santiago Peña ne règle aucune de ces questions. Le Congrès ayant refusé de l’accepter, le Sénat a choisi de poursuivre la procédure de destitution, tandis que le parquet a ouvert trois enquêtes portant notamment sur la surveillance de la banque et le placement de fonds publics.

Pour le Paraguay, la priorité immédiate reste donc la protection des déposants, la clarification des responsabilités et la continuité des institutions. Cette crise rappelle qu’une innovation financière, quelle que soit sa capacité à élargir l’accès aux services bancaires, ne peut durablement fonctionner sans exigences proportionnées de transparence, de solvabilité et de supervision. C’est à l’aune de ces garanties, et non de la seule croissance du nombre de clients, que doit être appréciée la solidité d’un établissement financier.

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