
Le risque climatique revient au premier plan des préoccupations liées à la sécurité alimentaire mondiale. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime qu’un épisode El Niño de forte intensité pourrait faire basculer près de 49 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici fin 2027. L’Afrique australe figure parmi les régions identifiées comme particulièrement vulnérables, dans un contexte déjà marqué par les conflits, les perturbations commerciales et les difficultés d’accès aux denrées.
Le scénario présenté par le PAM repose sur une projection et non sur un bilan déjà constaté. Selon une analyse rapportée par Reuters le 5 août, l’organisation estime à 81 % la probabilité d’un épisode El Niño très puissant. Sur la base de 45 pays considérés comme vulnérables, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pourrait atteindre environ 274 millions, soit près de 49 millions de plus que le niveau de référence retenu par l’étude.
Le phénomène El Niño, caractérisé par un réchauffement périodique des eaux de surface du Pacifique tropical, modifie les régimes de précipitations à l’échelle mondiale. Ses effets ne sont cependant pas uniformes : certaines zones peuvent connaître des sécheresses, tandis que d’autres sont exposées à des pluies intenses et à des inondations. Le PAM souligne que ces perturbations peuvent affecter les récoltes, les pâturages, les ressources en eau et, par conséquent, les revenus des populations rurales.
L’Afrique australe apparaît particulièrement exposée dans les projections. Le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë pourrait y augmenter de près de 75 %, selon l’analyse citée par Reuters, avec plus de 12 millions de personnes supplémentaires potentiellement concernées. Cette vulnérabilité n’est pas nouvelle. Lors du précédent épisode El Niño, en 2024, des sécheresses sévères avaient déjà affecté notamment la Zambie, le Zimbabwe et le Malawi, entraînant des pertes agricoles importantes.
Le risque climatique intervient par ailleurs dans un environnement alimentaire international déjà soumis à plusieurs tensions. Les conflits peuvent perturber la production, les transports et les échanges commerciaux, tandis que les prix de l’énergie et des intrants agricoles influencent les coûts de production. Le PAM indique également que les réductions de financements destinés à l’aide humanitaire compliquent la surveillance des situations alimentaires et la capacité d’intervention.
Cette perspective doit toutefois être replacée dans une évolution mondiale plus nuancée. Les Nations unies ont indiqué en juillet que la faim mondiale avait reculé en 2025 pour la troisième année consécutive, à environ 645 millions de personnes, tandis que l’Afrique comptait encore quelque 309 millions de personnes sous-alimentées. Les progrès enregistrés n’excluent donc pas de nouvelles dégradations régionales liées aux chocs climatiques et géopolitiques.
Face au risque annoncé, le PAM et la FAO privilégient déjà l’action anticipée. En juin 2026, les deux organisations avaient lancé un appel de 202 millions de dollars afin de protéger près de 8,8 millions de personnes dans 22 pays exposés aux effets potentiels d’El Niño. Les mesures envisagées comprennent notamment les transferts monétaires, les semences résistantes à la sécheresse ou aux inondations, la protection du bétail et la gestion de l’eau.
Le principal enjeu n’est donc pas de considérer la projection de 49 millions de personnes comme une fatalité, mais de mesurer l’ampleur du risque et le délai disponible pour agir. Pour l’Afrique australe, la combinaison entre vulnérabilité agricole, aléas climatiques et tensions alimentaires impose surtout une surveillance étroite des précipitations, des récoltes, des marchés et des populations exposées. Les prochaines données météorologiques et agricoles permettront de déterminer dans quelle mesure le scénario projeté se concrétisera.










