Home AFRIQUE Soudan : l’implication étrangère et les drones accentuent une guerre déjà dévastatrice

Soudan : l’implication étrangère et les drones accentuent une guerre déjà dévastatrice

photo d'illustration

La guerre au Soudan, déclenchée en avril 2023 entre l’armée et les Forces de soutien rapide (RSF), prend une dimension de plus en plus internationale. Une mission d’établissement des faits des Nations unies relève l’existence de réseaux transnationaux fournissant armes, équipements, personnels et soutien logistique aux RSF. Dans le même temps, l’emploi croissant des drones transforme les opérations militaires et accroît les risques pour les populations civiles.

Le conflit soudanais ne se limite désormais plus à l’affrontement entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF). Dans son enquête rendue publique le 3 septembre 2026, la mission internationale indépendante d’établissement des faits de l’ONU indique avoir identifié des individus et des entités liés aux Émirats arabes unis, au Tchad, à la Libye et à la Somalie dans des réseaux d’approvisionnement destinés aux RSF. Ces réseaux auraient fourni des armes, des équipements militaires, de la logistique, de la formation et du personnel étranger.

La mission cite également le rôle de contractants colombiens dans l’utilisation et la maintenance de systèmes de drones et d’autres équipements militaires avancés employés par les RSF. Selon ses estimations, leur nombre pourrait approcher 2 000. Ces éléments prolongent des informations déjà documentées par Human Rights Watch, qui avait établi plusieurs itinéraires de transit de contractants colombiens vers le Darfour, notamment via la Libye, la Somalie, le Tchad et les Émirats arabes unis.

L’utilisation des drones constitue parallèlement l’une des évolutions les plus importantes du conflit. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait recensé au moins 880 civils tués par des frappes de drones entre janvier et avril 2026, soit plus de 80 % des décès civils liés au conflit documentés durant cette période. En mai, l’ONU estimait déjà que les drones étaient devenus la principale cause de mortalité civile parmi les victimes recensées.

Sur l’ensemble des cinq premiers mois de 2026, les attaques de drones ont fait plus de 1 000 morts parmi les civils, selon les éléments présentés devant les Nations unies. Les frappes ont notamment touché des zones habitées et des infrastructures civiles, parmi lesquelles des établissements de santé, des marchés et d’autres installations essentielles.

Cette évolution intervient alors que la crise humanitaire demeure considérable. Depuis le début de la guerre, environ 14 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile, selon le HCR. Fin 2025, près de 11,9 millions de personnes demeuraient déplacées, dont 7,5 millions à l’intérieur du Soudan et 4,2 millions dans les pays voisins.

Face à cette internationalisation du conflit, la mission de l’ONU appelle notamment au renforcement de l’embargo sur les armes visant le Darfour et à son extension à l’ensemble du territoire soudanais. La question centrale reste celle du contrôle des flux d’armes, de combattants et de technologies militaires qui permettent aux hostilités de se prolonger. Pour les populations civiles, l’enjeu demeure avant tout la protection contre une guerre dont les dimensions régionales et technologiques continuent de s’élargir.

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