
Le 19 septembre 2025, Dakar a été le théâtre d’une importante manifestation populaire, rassemblant des centaines, voire des milliers de personnes, scandant le slogan « Sonko dégage ». Les manifestants dénonçaient le bilan jugé insatisfaisant du gouvernement dirigé par le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Au-delà d’une simple expression de mécontentement, cette mobilisation révèle des interrogations profondes sur la répartition du pouvoir au sommet de l’État et sur la responsabilité respective des deux dirigeants.
Depuis son élection en mars 2024 sous la bannière du Pastef, Diomaye Faye s’était engagé à rompre avec l’hyperprésidentialisme traditionnel. La nomination d’Ousmane Sonko à la primature semblait concrétiser cette vision d’une gouvernance collégiale, où président et Premier ministre coordonnent leurs actions et partagent les responsabilités. Mais le mécontentement populaire actuel suggère que ce partage est perçu comme insuffisant ou déséquilibré. Inflation, difficultés économiques, tensions sociales, insécurité et justice semblent avoir largement échappé aux promesses de l’exécutif.
Le slogan « Sonko dégage » met en lumière une focalisation sur le Premier ministre, considéré par l’opinion publique comme le visage le plus visible et actif du pouvoir. Selon certains observateurs, Diomaye Faye demeure en retrait sur la scène publique, laissant à Sonko une visibilité plus importante et la charge d’assumer la critique populaire.
Cette dynamique peut être interprétée de deux manières. D’un côté, elle pourrait refléter une stratégie délibérée de gouvernement collégial, avec Faye souhaitant déléguer certaines prérogatives pour rapprocher l’exécutif de la population et responsabiliser le cabinet. D’un autre côté, certains analystes y voient un déséquilibre, où le Premier ministre concentre de facto le pouvoir, au détriment de la présidence, accentué par une visibilité moindre du chef de l’État dans les décisions stratégiques et les prises de parole publiques.
Ce contexte soulève plusieurs enjeux. La légitimité démocratique repose sur le mandat direct du président, et un rôle trop dominant de Sonko pourrait brouiller la perception du pouvoir. La responsabilité des politiques publiques et des promesses non tenues reste également ambiguë : qui, entre président et Premier ministre, doit répondre devant la population ? Enfin, un excès de pouvoir concentré dans la primature pourrait générer des tensions internes et fragiliser la stabilité institutionnelle.
La manifestation du 19 septembre illustre un questionnement de fond sur la gouvernance du duo Faye-Sonko. Pour restaurer la confiance des Sénégalais, le président devra probablement réaffirmer son rôle, tout en maintenant un partenariat équilibré avec Sonko. Au-delà des critiques, c’est la crédibilité de leur projet commun et la perception de la stabilité institutionnelle qui sont en jeu.












