
En République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a annoncé un dialogue national destiné à renforcer la paix, la cohésion et les institutions. L’initiative intervient dans un contexte de tensions politiques liées notamment au débat sur l’évolution de la Constitution et au conflit dans l’Est. Le chef de l’État entend associer largement les composantes de la société congolaise, tout en excluant du processus les groupes qui poursuivent la lutte armée.
Le président Félix Tshisekedi a précisé, le 27 août, les contours du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Selon les informations communiquées par la présidence et rapportées par plusieurs médias congolais, le processus doit commencer par des consultations dans les 26 provinces avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa. Sa durée maximale annoncée est de trois mois. Les consultations doivent notamment concerner les partis politiques, la société civile, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les milieux économiques, universitaires et professionnels, ainsi que les jeunes, les femmes et la diaspora.
Cette initiative prolonge l’annonce faite en juillet par le chef de l’État après une rencontre avec les représentants des principales confessions religieuses. À cette occasion, ces derniers avaient indiqué que le président avait retenu le principe d’un dialogue national inclusif consacré notamment à la paix, à la cohésion nationale et à la stabilité des institutions.
Le dialogue intervient toutefois dans un climat politique marqué par le débat constitutionnel. Le Parlement a adopté en juin une loi encadrant l’organisation des référendums. La Cour constitutionnelle l’a déclarée conforme à la Constitution le 28 juillet, tout en formulant treize réserves d’interprétation. Le 10 août, Félix Tshisekedi a demandé une nouvelle délibération parlementaire du texte ; l’Assemblée nationale a annoncé que cette étape serait inscrite à son calendrier de septembre.
L’opposition considère cette séquence avec méfiance. Plusieurs formations réunies au sein de la Coalition Article 64 (C64) estiment que le dispositif référendaire pourrait faciliter, à terme, une modification des règles constitutionnelles relatives à la présidence. Cette lecture est contestée par le pouvoir. En mai, Félix Tshisekedi avait affirmé qu’une éventuelle modification constitutionnelle devrait être soumise au peuple par référendum, tout en déclarant qu’il accepterait un troisième mandat si les Congolais le demandaient.
L’autre limite posée au dialogue concerne les groupes armés. Tshisekedi a indiqué que ceux qui combattent par les armes l’ordre constitutionnel, occupent des territoires ou administrent des entités en dehors de l’autorité de l’État ne pourront pas participer aux assises comme composantes politiques. Cette disposition vise notamment l’AFC/M23 dans les conditions actuelles.
Pour Kinshasa, le dialogue politique ne doit donc pas se substituer aux mécanismes consacrés à la cessation des hostilités et au règlement du conflit armé. Cette distinction constitue l’un des principaux enjeux du processus. Pour l’opposition, la question centrale demeure également celle des garanties d’un dialogue réellement inclusif et du respect de l’ordre constitutionnel.
Le dialogue annoncé ouvre ainsi une nouvelle séquence politique en RDC, mais son efficacité dépendra de sa composition, de ses règles de fonctionnement et de la capacité des participants à traiter simultanément les dimensions institutionnelle, politique et sécuritaire de la crise. À ce stade, l’initiative constitue un cadre annoncé par le pouvoir ; sa portée réelle devra être évaluée à mesure que les consultations provinciales, la préparation des assises et les discussions parlementaires avanceront.












