
La République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à marquer un tournant dans la régulation de son secteur du petit commerce. Le ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a annoncé que le gouvernement mettra fin dès novembre au moratoire autorisant les ressortissants étrangers à exercer dans ce secteur, réaffirmant ainsi l’application de la loi de 1973 qui réserve le petit commerce aux Congolais. Cette décision, présentée comme un moyen de renforcer la compétitivité des acteurs nationaux, s’inscrit dans un contexte économique fragile et profondément inégalitaire.
Malgré l’abondance de ses ressources naturelles, la RDC reste encore confrontée à une situation économique difficile. Les richesses du sous-sol, incluant le cuivre, le cobalt et les minerais rares essentiels aux technologies modernes, bénéficient essentiellement à une élite politique et économique. Les retombées pour la population restent limitées, avec un accès restreint à l’emploi formel, aux services de base et à l’infrastructure. Le secteur informel, où le petit commerce joue un rôle crucial et constitue pour beaucoup, le principal moyen de subsistance. La décision du gouvernement de restreindre cette activité aux seuls Congolais pourrait avoir un impact direct sur la vie quotidienne de millions de citoyens.
Le ministre Mukoko Samba a également indiqué qu’un nouveau texte législatif est en préparation pour préciser le périmètre du petit commerce et éliminer les zones d’interprétation qui ont permis certaines dérogations au fil des années. Cette réforme vise à créer un cadre légal clair et appliqué uniformément, et à corriger les faiblesses qui ont laissé une ouverture aux acteurs étrangers. Un projet similaire avait été initié en 2023 par l’ancien ministre de l’Économie, Vital Kamerhe, mais les effets sur l’économie réelle restent mitigés.
Cette décision relance également le débat sur la manière dont la RDC peut exploiter durablement ses ressources pour favoriser le développement national. Alors que le pays figure parmi les plus riches en minerais au monde, la pauvreté persiste pour la majorité de sa population. La régulation stricte du petit commerce pourrait renforcer la participation économique locale, mais elle ne résout pas les inégalités structurelles ni la question de la redistribution des richesses.
En définitive, la fin du moratoire sur le petit commerce illustre les défis complexes auxquels la RDC est confrontée : comment concilier protection des acteurs nationaux, attractivité pour l’investissement et équité dans la répartition des ressources. La réussite de cette mesure dépendra largement de sa mise en œuvre et de la capacité du gouvernement à traduire la richesse minière du pays en bénéfices tangibles pour l’ensemble de la population.










