
Le gouvernement nigérian a rejeté en bloc, les informations faisant état d’une frappe aérienne ayant touché un marché bondé dans le nord-est du pays et causé de nombreuses victimes civiles. Les autorités militaires affirment que l’opération visait des positions djihadistes et a permis d’éliminer plusieurs combattants armés. Ces déclarations interviennent alors que des témoignages locaux et certaines ONG évoquent un lourd bilan humain parmi les civils.
Selon le porte-parole des forces armées, l’opération aérienne conduite dans une zone frontalière des États de Borno et de Yobe s’inscrivait dans le cadre des missions de lutte contre Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), actifs dans la région. L’armée assure avoir mené une frappe « fondée sur des renseignements précis » et ciblant des regroupements de combattants.
Cependant, plusieurs sources locales contestent cette version et évoquent une frappe ayant touché un marché hebdomadaire fréquenté par des civils, entraînant un nombre élevé de victimes, soit en moyenne 211. Des organisations de défense des droits humains ont également demandé l’ouverture d’une enquête indépendante, dénonçant des risques récurrents d’erreurs d’identification dans les opérations aériennes.
Les chiffres varient selon les sources. Certaines estimations locales font état de plusieurs dizaines de morts, tandis que d’autres, relayées par des médias internationaux et des ONG, évoquent un bilan pouvant dépasser les 200 victimes dans des circonstances similaires. Cette divergence illustre les difficultés d’accès à l’information dans une zone marquée par une insurrection armée ancienne et fragmentée.
Le nord-est du Nigeria, notamment l’État de Borno, demeure l’épicentre du conflit contre Boko Haram et ISWAP, qui dure depuis plus d’une décennie. Les opérations militaires y sont fréquentes, combinant frappes aériennes et offensives terrestres. Toutefois, ces dernières années, plusieurs incidents impliquant des erreurs de ciblage ont ravivé les critiques sur la qualité du renseignement et la coordination sur le terrain. Selon un décompte d’organisations humanitaires et d’agences de presse, plusieurs centaines de civils auraient été tués par des frappes accidentelles depuis 2017 dans le cadre de la lutte contre les groupes armés.
Les autorités militaires nigérianes, de leur côté, reconnaissent régulièrement l’existence d’« erreurs opérationnelles » tout en soulignant la complexité d’un théâtre d’opérations où les combattants sont souvent mêlés aux populations civiles. L’armée affirme également avoir ouvert des enquêtes internes lorsque des accusations de bavures émergent.
Alors que l’armée maintient que la frappe visait exclusivement des djihadistes, les contradictions entre versions officielles et témoignages locaux relancent le débat sur les méthodes de ciblage dans le conflit du nord-est nigérian. Dans une région déjà éprouvée par plus de quinze ans d’insurrection, la question de la protection des civils reste un enjeu central et toujours non résolu.










