
La France et le Maroc renforcent leur coopération dans la lutte contre le financement du terrorisme, à un moment où les circuits financiers criminels se sophistiquent sous l’effet de la numérisation de l’économie mondiale. Signé à Paris en marge de la conférence internationale No Money for Terror, l’accord entre les services de renseignement financier des deux pays dépasse le simple cadre technique.
La signature de cet accord entre Tracfin, l’organisme français chargé du renseignement financier, et l’Autorité nationale du renseignement financier du Maroc intervient dans un contexte international marqué par une mutation profonde des mécanismes de financement des groupes extrémistes.
Alors que les réseaux terroristes traditionnels sont davantage surveillés par les institutions bancaires classiques, les organisations affiliées à Al-Qaida ou à l’État islamique cherchent désormais à contourner les dispositifs de contrôle en exploitant des outils numériques, des circuits informels et des économies parallèles locales.
Pour Paris comme pour Rabat, l’enjeu est autant sécuritaire que géopolitique. Le Maroc s’est progressivement imposé comme un partenaire central des pays européens dans la coopération antiterroriste en Afrique du Nord et au Sahel. Son expertise en matière de renseignement et sa capacité à surveiller les mouvements transfrontaliers lui confèrent un rôle stratégique dans une région fragilisée par l’instabilité sahélienne, la prolifération des groupes armés et les trafics transnationaux. De son côté, la France cherche à maintenir des relais sécuritaires solides après la reconfiguration de sa présence militaire au Sahel et la dégradation de ses relations avec plusieurs régimes militaires ouest-africains.
L’accord prévoit un échange renforcé d’informations sur les transactions suspectes, mais aussi un partage d’expériences opérationnelles. Cette coopération technique reflète une tendance plus large : la sécurisation des flux financiers devient désormais un pilier central de la lutte antiterroriste internationale. Les États considèrent de plus en plus que le renseignement financier constitue un outil aussi stratégique que les opérations militaires sur le terrain.
Les discussions menées lors de la conférence No Money for Terror, qui a réuni plus de 70 États et organisations internationales, illustrent cette préoccupation croissante. Les participants ont alerté sur l’utilisation potentielle des cryptoactifs par des réseaux criminels et terroristes pour transférer des fonds en dehors des circuits bancaires traditionnels.
Cette inquiétude intervient dans un contexte d’expansion mondiale des monnaies numériques et de diversification des plateformes financières décentralisées, souvent difficiles à réguler à l’échelle internationale.
Au-delà de la question technologique, les échanges ont également mis en lumière l’évolution des modèles économiques des groupes djihadistes. Plusieurs organisations armées financent désormais leurs activités par l’exploitation des ressources naturelles, le racket des populations locales ou le trafic de biens culturels dans les zones sous leur contrôle. Cette transformation complique le travail des autorités, car elle lie davantage terrorisme, criminalité organisée et économie informelle.
En renforçant leur coordination, la France et le Maroc cherchent donc à anticiper une menace plus diffuse et transnationale. Cette coopération pourrait également servir de modèle à d’autres partenariats sécuritaires entre pays européens et africains. Reste toutefois un défi majeur : harmoniser les cadres réglementaires internationaux afin d’éviter que les différences juridiques entre États ne continuent d’offrir des zones grises exploitables par les réseaux terroristes.












