
Alors que les tensions sécuritaires persistent dans l’est de la République démocratique du Congo, Kinshasa et Kigali s’engagent désormais dans une compétition diplomatique pour la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Les deux pays soutiennent des candidatures rivales pour le poste de secrétaire général de l’institution, dont l’élection est prévue en novembre 2026 au Cambodge. Cette confrontation intervient dans un contexte régional encore marqué par la crise du M23 et les différends persistants entre les deux voisins des Grands Lacs.
La bataille pour la direction de l’OIF prend une dimension particulière cette année. D’un côté, la RDC soutient la candidature de Juliana Amato Lumumba, ancienne ministre de la Culture et fille de l’ancien Premier ministre Patrice Lumumba. De l’autre, le Rwanda mise sur la reconduction de Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale de l’organisation et ancienne ministre des Affaires étrangères de Kigali.
L’échéance est stratégique pour les deux capitales. L’OIF regroupe aujourd’hui 90 États et gouvernements, dont 53 membres de plein droit, et représente plus de 320 millions de francophones dans le monde. Au-delà de son rôle culturel et linguistique, l’organisation dispose d’une influence diplomatique importante sur les questions de gouvernance, d’éducation, de coopération économique et de droits humains.
Kinshasa entend faire valoir son poids démographique au sein de l’espace francophone. Avec une population estimée à environ 100 millions d’habitants, la RDC est considérée comme le plus grand pays francophone au monde. Les autorités congolaises multiplient depuis plusieurs mois les démarches diplomatiques afin de rallier des soutiens à la candidature de Juliana Lumumba, notamment en Afrique et au Canada, deuxième contributeur financier de l’OIF.
À Kigali, les autorités défendent le bilan de Louise Mushikiwabo, élue en 2018 puis reconduite en 2022. Le Rwanda met en avant la modernisation engagée au sein de l’organisation et la volonté de poursuivre les réformes institutionnelles de la Francophonie.
Cette rivalité diplomatique survient toutefois dans un climat politique sensible. Depuis plusieurs mois, les relations entre la RDC et le Rwanda restent fortement dégradées en raison des affrontements dans l’est congolais. Kinshasa accuse régulièrement Kigali de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, une accusation rejetée par les autorités rwandaises. Malgré plusieurs initiatives de médiation conduites notamment par l’Union africaine, le Qatar ou encore les États-Unis, les tensions sécuritaires demeurent vives dans la région.
Au-delà du duel entre Kinshasa et Kigali, la course à la tête de l’OIF compte également d’autres candidatures, notamment celle de la Mauritanienne Coumba Ba et de l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș. Mais l’attention diplomatique reste principalement concentrée sur l’affrontement entre les deux pays voisins, tant la portée symbolique et géopolitique de cette élection dépasse le seul cadre de la Francophonie.
Le sommet de Phnom Penh, prévu les 15 et 16 novembre 2026, pourrait ainsi devenir un nouveau terrain d’expression des rivalités régionales en Afrique centrale. Pour la RDC comme pour le Rwanda, cette élection représente autant un enjeu d’influence internationale qu’un test de leur capacité de mobilisation diplomatique au sein du monde francophone.












