
Dans un contexte de vives tensions sociales et de protestations antigouvernementales récurrentes, le président kényan William Ruto a donné des instructions fermes aux forces de l’ordre, leur enjoignant de tirer dans les jambes des manifestants qui recourent à la violence lors des mobilisations.
L’annonce a été faite mercredi, lors d’un discours devant les responsables de la sécurité du pays, alors que les manifestations contre la politique économique du gouvernement se multiplient, parfois marquées par des affrontements et des pillages. « Je donne l’ordre à la police de tirer dans la jambe de tout individu pris en train de détruire des biens publics ou de voler », a déclaré le chef de l’État, insistant sur la nécessité de « restaurer l’ordre sans tuer ».
Depuis plusieurs semaines, la capitale Nairobi et d’autres grandes villes comme Kisumu et Mombasa sont le théâtre de manifestations menées par des jeunes, des étudiants et des membres de la société civile. Les protestataires dénoncent la hausse du coût de la vie, les réformes fiscales controversées ainsi que ce qu’ils perçoivent comme une gouvernance déconnectée des réalités sociales.
Les propos du président Ruto interviennent dans un climat très tendu, où plusieurs organisations de défense des droits humains accusent les forces de l’ordre d’usage excessif de la force. Selon la Commission kényane des droits de l’homme (KHRC), au moins 20 personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées lors des récentes mobilisations.
Face à toutes ces critiques, l’exécutif affirme vouloir séparer les manifestants pacifiques des éléments violents. Le président a souligné que les instructions ne visent pas les citoyens exerçant leur droit à manifester pacifiquement, mais ceux qu’il qualifie de « criminels infiltrés dans les foules ».
La déclaration a toutefois suscité de vives réactions dans les milieux politiques et parmi les ONG. Plusieurs leaders de l’opposition ont dénoncé une escalade autoritaire. « Menacer de tirer sur les jambes des citoyens est une dérive dangereuse pour notre démocratie », a réagi Raila Odinga, figure de l’opposition.
Sur le terrain, les forces de sécurité semblent avoir renforcé leur présence. Des patrouilles armées sont visibles dans les quartiers sensibles, et les opérations de dispersion des rassemblements ont redoublé d’intensité.
Alors que le gouvernement défend une posture de fermeté pour éviter l’anarchie, de nombreuses voix appellent à une solution politique par le dialogue, estimant que seule une écoute des revendications populaires pourra apaiser la situation.
La société kényane reste ainsi suspendue entre inquiétude et espoir, dans l’attente de gestes d’apaisement ou d’une nouvelle flambée de violences.









