
La Guinée-Bissau s’apprête à voter dimanche 30 août sur une nouvelle Constitution élaborée pendant la transition militaire ouverte après le coup d’État du 26 novembre 2025. Le scrutin intervient quelques mois avant les élections générales fixées au 6 décembre 2026 et porte sur une réforme qui modifie substantiellement l’équilibre entre l’exécutif et le Parlement. Au centre des débats figure le passage à un régime présidentiel et l’élargissement des prérogatives du chef de l’État.
Le texte soumis au référendum prévoit notamment que le président puisse nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement, ainsi que dissoudre le Parlement dans certaines circonstances. Il réduit aussi la représentation parlementaire : le nombre de députés passerait de 102 à 65, selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Le projet introduit par ailleurs des conditions financières et organisationnelles nouvelles pour les candidatures, dont une caution présidentielle de 50 millions de francs CFA, soit environ 90 000 dollars. Ces dispositions constituent une modification importante du fonctionnement institutionnel actuel, notamment parce qu’elles réduisent le poids du Parlement et renforcent la position de la présidence dans la conduite du gouvernement.
Le référendum s’inscrit dans une transition née de l’interruption du processus électoral de novembre 2025. Les élections présidentielle et législatives avaient eu lieu le 23 novembre, mais l’armée a pris le pouvoir trois jours plus tard, avant la proclamation des résultats. La Commission électorale a ensuite indiqué ne plus être en mesure d’achever le dépouillement après la saisie de documents, de matériels informatiques et la destruction de données électorales. Le général Horta Inta-a a été investi président de transition le 27 novembre. Les prochaines élections ont été officiellement fixées au 6 décembre 2026.
Les autorités de transition présentent la réforme comme un élément du processus devant conduire au rétablissement d’un cadre institutionnel renouvelé. À l’inverse, le principal parti d’opposition, le PAIGC, appelle au boycott du référendum et conteste les conditions dans lesquelles le texte a été élaboré. Des organisations de la société civile et des juristes mettent également en cause la légitimité du processus, tandis que les autorités maintiennent le calendrier arrêté. Cette divergence porte donc autant sur le contenu de la Constitution que sur les conditions politiques de son adoption.
La question dépasse enfin le seul fonctionnement des institutions. La Guinée-Bissau connaît une histoire marquée par plusieurs interventions militaires dans la vie politique. Depuis le coup de novembre 2025, la CEDEAO et l’Union africaine ont suspendu le pays de leurs organes décisionnels, selon le Fonds monétaire international. Dans ce contexte, le référendum doit être observé à la fois comme une consultation constitutionnelle et comme une étape déterminante de la transition.
Son résultat, puis la manière dont seront organisées les élections de décembre, permettront de mesurer la capacité des institutions à renouer avec un ordre politique durablement stabilisé. La participation, la transparence du dépouillement et l’acceptation des résultats seront donc des éléments particulièrement suivis.












