
En visite officielle à Addis-Abeba, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a parrainé la signature d’un mémorandum d’entente avec l’Éthiopie visant à renforcer la coopération énergétique bilatérale. L’accord, annoncé par le ministère turc de l’Énergie, ouvre la voie à des projets conjoints dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’industrialisation des équipements hydroélectriques, dans un contexte de recomposition des partenariats énergétiques en Afrique.
La visite d’État du chef de l’exécutif turc à Addis‑Abeba s’inscrit dans la continuité d’un rapprochement diplomatique entamé depuis plus d’une décennie entre Turquie et Éthiopie. Ankara a progressivement fait de la Corne de l’Afrique un espace prioritaire de sa diplomatie économique, combinant investissements, coopération sécuritaire et présence industrielle. Pour Addis-Abeba, ce déplacement de haut niveau intervient alors que le pays accélère sa stratégie de développement énergétique pour soutenir la croissance, l’urbanisation et l’industrialisation.
Selon les informations communiquées par le Ministère turc de l’Énergie, le mémorandum d’entente établit un cadre de coopération couvrant trois volets principaux. D’abord, le développement conjoint de projets dans les énergies renouvelables, hydroélectricité, solaire et éolien, avec un accent sur le transfert de savoir-faire et l’ingénierie de projets.
Ensuite, l’efficacité énergétique, domaine dans lequel les entreprises turques disposent d’une expérience reconnue, notamment pour l’optimisation des réseaux et la réduction des pertes. Enfin, la production locale et l’installation d’équipements stratégiques, incluant turbines électriques et composants pour centrales hydroélectriques, afin de renforcer les capacités industrielles éthiopiennes.
Au-delà de la portée technique, l’accord revêt une dimension géopolitique assumée. Pour la Turquie, il s’agit de consolider son influence économique et énergétique sur le continent africain, en s’appuyant sur des partenariats structurants plutôt que sur des projets isolés. En investissant l’amont et l’aval de la chaîne énergétique, Ankara entend positionner ses entreprises comme des acteurs de référence de la transition énergétique africaine, tout en diversifiant ses débouchés industriels à l’heure où les marchés européens se tendent.
Pour l’Éthiopie, le partenariat répond à plusieurs impératifs stratégiques. Le pays, riche d’un potentiel hydroélectrique considérable mais confronté à des besoins énergétiques croissants, cherche à diversifier ses partenaires afin de réduire les risques financiers et technologiques.
L’implication turque peut accélérer la mise en service de nouvelles capacités, améliorer la fiabilité du réseau et favoriser l’émergence d’un tissu industriel local dans les équipements énergétiques, un levier clé de création d’emplois et de montée en gamme industrielle.
À moyen terme, la réussite de ce mémorandum dépendra de sa traduction opérationnelle : financement des projets, gouvernance conjointe, articulation avec les cadres régionaux de la Corne de l’Afrique et acceptabilité sociale des infrastructures.
Dans un environnement régional marqué par des tensions hydropolitiques et des enjeux de sécurité, la coopération énergétique turco-éthiopienne pourrait toutefois servir de modèle de diplomatie économique pragmatique, alignée sur les objectifs de transition énergétique et de développement durable des deux partenaires.









