
Les Éthiopiens sont appelés aux urnes lundi pour des élections parlementaires et régionales déterminantes dans un contexte marqué par des tensions sécuritaires persistantes et une opposition affaiblie. Malgré l’instabilité qui touche plusieurs régions du pays, le Parti de la Prospérité du Premier ministre Abiy Ahmed apparaît comme le grand favori du scrutin. Plus de 50 millions d’électeurs sont inscrits pour ce rendez-vous politique majeur dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, fort d’environ 120 millions d’habitants.
Arrivé au pouvoir en 2018 après une vague de manifestations contre l’ancienne coalition au pouvoir, Abiy Ahmed a progressivement consolidé son autorité sur la scène politique éthiopienne. Son parti avait largement remporté les élections de 2021 avec 410 sièges sur 484 au Parlement, renforçant ainsi son contrôle institutionnel.
À 49 ans, le chef du gouvernement aborde ce nouveau scrutin dans un environnement politique profondément polarisé, marqué par des conflits internes et des critiques croissantes sur la gouvernance du pays.
Les élections se déroulent alors que plusieurs régions demeurent confrontées à des violences armées. Dans l’Oromia, région la plus peuplée du pays et fief d’Abiy Ahmed, les affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés continuent d’alimenter l’insécurité.
La région Amhara, deuxième plus importante du pays, reste également instable depuis que la milice Fano a pris le contrôle de plusieurs zones rurales à partir de 2023. En raison de cette situation, le scrutin a été annulé dans au moins huit des 138 circonscriptions de cette région.
Le Tigré, théâtre d’une guerre civile particulièrement meurtrière entre 2020 et 2022, ne participera pas non plus au vote. La Commission électorale nationale évoque des « conditions défavorables » pour justifier cette suspension.
Le conflit, né de la rupture entre Abiy Ahmed et les anciens dirigeants tigréens, aurait causé des centaines de milliers de morts selon plusieurs chercheurs et organisations internationales. Bien qu’un accord de paix signé en 2022 ait mis fin aux combats, les récentes tensions politiques dans la région ravivent les craintes d’une reprise des violences.
Face au Parti de la Prospérité, l’opposition apparaît fragmentée et affaiblie par des divisions internes. Plusieurs partis accusent le gouvernement fédéral d’entraver leurs activités à travers des arrestations et des contraintes administratives. Les autorités rejettent ces accusations et affirment agir dans le strict respect de la loi.
Parallèlement, les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent un recul des libertés publiques, notamment après l’arrestation de journalistes et la fermeture de certaines structures de la société civile. Le gouvernement éthiopien conteste toute violation systématique des droits de l’homme et justifie ses actions par des impératifs de sécurité nationale.
Sur le plan économique, l’exécutif met en avant des performances jugées encourageantes. Addis-Abeba prévoit une croissance supérieure à 10 % en 2026, l’un des taux les plus élevés du continent. Les autorités attribuent cette dynamique aux réformes de libéralisation économique engagées ces dernières années, ainsi qu’à l’augmentation des investissements et des recettes d’exportation.
La campagne du Parti de la Prospérité a également insisté sur les progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire dans un pays longtemps confronté aux famines.
Au-delà des enjeux internes, les relations avec l’Érythrée constituent un autre sujet sensible. Le rapprochement historique entre les deux pays, qui avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019, s’est progressivement détérioré.
Les déclarations répétées du Premier ministre sur la nécessité pour l’Éthiopie d’obtenir un accès à la mer ont ravivé les tensions avec Asmara, qui y voit une menace potentielle. Abiy Ahmed affirme toutefois privilégier le dialogue pour traiter cette question stratégique, désormais au cœur des équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique.












