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Afrique : une agence de notation pour reprendre la main sur la dette

photo d'illustration

L’Afrique s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la réforme de son architecture financière avec le lancement annoncé de l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), prévu à Maurice le 5 octobre 2026. Portée par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP/APRM), l’initiative entend proposer une évaluation du risque de crédit conçue à partir des réalités économiques du continent. Son efficacité dépendra toutefois de la crédibilité que lui accorderont les marchés et les investisseurs.

La création de l’AfCRA s’inscrit dans un débat ancien sur le rôle des agences de notation dans le financement des États africains. Le MAEP travaille à son opérationnalisation depuis plusieurs années, conformément à une décision de l’Union africaine prise en 2017 sur l’accompagnement des États en matière de notation. En février 2024, le Conseil exécutif de l’UA a mandaté le mécanisme pour conduire la mise en place d’une agence privée, financée et dirigée par le secteur privé. En mars 2026, l’APRM avait encore lancé un appel pour accompagner la communication et le lancement officiel de l’institution.

L’enjeu est directement lié au coût de l’endettement. Selon le FMI, le ratio médian des paiements d’intérêts rapportés aux recettes publiques en Afrique subsaharienne avait dépassé 12 % en 2024, dans un contexte marqué par le recul des financements concessionnels et le recours accru à des emprunts de marché plus coûteux. L’UNECA relève, de son côté, que les pays africains ont payé en moyenne entre 12 % et 14 % d’intérêts sur leurs euro-obligations au cours des deux dernières années, contre environ 3 % dans la zone euro ou au Vietnam.

Les critiques adressées aux grandes agences — Moody’s, S&P Global et Fitch — portent notamment sur leurs méthodes d’évaluation et sur la prise en compte jugée insuffisante de certaines caractéristiques africaines. L’UNECA et le PNUD ont documenté plusieurs facteurs structurels, parmi lesquels le poids de l’économie informelle, les limites statistiques et institutionnelles et certains effets de contagion liés aux crises de dette. Les agences internationales contestent cependant l’idée d’un traitement spécifique de l’Afrique et soutiennent appliquer leurs méthodologies à l’ensemble des marchés.

La nouvelle agence ne supprimera donc pas mécaniquement ces contraintes. Elle devra surtout démontrer son indépendance, sa transparence méthodologique et sa capacité à produire des évaluations reconnues par les investisseurs internationaux. Le PNUD souligne d’ailleurs que les faibles notations ne constituent qu’une partie des facteurs expliquant le coût élevé du financement africain.

L’AfCRA ouvre ainsi un nouveau chapitre de la politique financière africaine, sans garantir à elle seule une baisse du coût de la dette. Sa portée dépendra de la qualité de ses analyses, de son indépendance et surtout de la confiance que lui accorderont les marchés. Le lancement d’octobre constituera donc moins un aboutissement qu’un premier test de crédibilité pour cette nouvelle institution continentale.

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