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Afrique du Sud : plus de 53 000 migrants expulsés en cinq semaines, Prétoria durcit sa politique migratoire

Cyril Ramaphosa, président d'Afrique du Sud

En l’espace de cinq semaines, plus de 53 000 ressortissants étrangers en situation irrégulière ont été expulsés d’Afrique du Sud ou ont quitté volontairement le territoire dans le cadre d’une vaste campagne nationale de gestion des migrations. Cette opération intervient dans un contexte de montée des tensions sociales, alimentées par un chômage structurel élevé, une insécurité persistante et une contestation croissante de la présence de migrants étrangers. Si les autorités affirment vouloir concilier contrôle des frontières et respect des droits fondamentaux, les organisations internationales mettent en garde contre les risques de stigmatisation et de violences xénophobes.

Avec 53 499 personnes expulsées ou rapatriées en seulement cinq semaines, l’Afrique du Sud mène l’une des opérations de contrôle migratoire les plus importantes de ces dernières années. Selon la ministre de la Justice et du Développement constitutionnel, Mmamoloko Kubayi, la majorité des personnes concernées proviennent du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique, trois pays voisins dont les ressortissants migrent traditionnellement vers la première économie industrielle du continent à la recherche d’opportunités professionnelles.

Présentée comme une campagne de « gestion des migrations », cette initiative vise officiellement à instaurer une migration « ordonnée et régulière », tout en répondant aux préoccupations exprimées par une partie de la population sud-africaine. Les autorités assurent vouloir appliquer les lois migratoires dans le respect de la dignité humaine, indépendamment de la nationalité ou du statut administratif des personnes concernées.

Cette campagne intervient toutefois dans un climat particulièrement tendu. Depuis plusieurs semaines, différentes mobilisations hostiles à l’immigration se sont multipliées dans plusieurs villes du pays. Des commerces appartenant à des étrangers ont été pillés, tandis que des actes d’intimidation et de violences ont été signalés. Certains mouvements anti-immigration avaient même fixé au 30 juin une échéance symbolique exigeant le départ de tous les migrants en situation irrégulière, menaçant de poursuivre leurs manifestations tant que leurs revendications ne seraient pas satisfaites.

Les critiques formulées par ces groupes s’appuient principalement sur la crise socioéconomique que traverse le pays. L’Afrique du Sud affiche l’un des taux de chômage les plus élevés au monde. Selon les données officielles de Statistics South Africa, le chômage s’établissait à 32,9 % au premier trimestre 2025, tandis qu’il dépasse 45 % chez les jeunes. Dans ce contexte, une partie de l’opinion publique attribue aux migrants une responsabilité dans la concurrence sur le marché du travail, la criminalité ou encore la saturation des services publics, même si plusieurs études universitaires soulignent que ces perceptions ne reposent pas toujours sur des preuves empiriques solides.

Les autorités mettent également en avant les résultats sécuritaires de cette vaste opération. D’après Mmamoloko Kubayi, les contrôles menés dans le cadre des expulsions ont permis d’identifier plusieurs personnes recherchées par les forces de sécurité pour des infractions présumées. La ministre a cependant rappelé que seules les forces de l’ordre sont habilitées à mener des perquisitions, mettant en garde contre les initiatives citoyennes consistant à fouiller illégalement des habitations ou des commerces soupçonnés d’abriter des migrants sans papiers.

Face à l’escalade des tensions, le président Cyril Ramaphosa a adopté une position d’équilibre. Tout en reconnaissant les inquiétudes d’une partie de la population concernant l’immigration irrégulière, il a fermement condamné les violences visant les ressortissants étrangers et appelé les citoyens à ne pas se substituer aux institutions de l’État. Cette ligne est également défendue par les Nations unies, qui exhortent Pretoria à éviter toute assimilation entre immigration et difficultés économiques, rappelant que les migrants ne doivent pas devenir les boucs émissaires des défis structurels auxquels le pays est confronté.

Les répercussions de cette campagne dépassent désormais les frontières sud-africaines. Plusieurs États africains, notamment le Ghana, le Nigeria, l’Ouganda et le Kenya, ont organisé des opérations de rapatriement pour leurs ressortissants, tandis que des milliers d’autres migrants ont préféré quitter volontairement le territoire par crainte de nouvelles violences.

Cette séquence illustre les tensions croissantes entre impératifs de souveraineté, exigences sécuritaires et respect des engagements internationaux en matière de droits humains. Pour Pretoria, le défi consiste désormais à restaurer la confiance de sa population tout en préservant l’image d’une puissance régionale attachée à l’État de droit. L’évolution de cette politique migratoire pourrait ainsi devenir un indicateur majeur de la capacité de l’Afrique du Sud à concilier stabilité sociale, croissance économique et cohésion nationale.

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