
Depuis leur retrait effectif de la CEDEAO en janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger structurent progressivement la Confédération des États du Sahel (AES). L’organisation élargit sa coopération de la sécurité vers les infrastructures, la finance, les ressources naturelles et la circulation des personnes. Cette évolution modifie progressivement les équilibres de l’intégration ouest-africaine, sans pour autant signifier la disparition des interdépendances avec la CEDEAO.
Le tournant institutionnel remonte au 6 juillet 2024, lorsque les dirigeants des trois pays ont adopté à Niamey le traité instituant la Confédération AES. Le retrait de la CEDEAO est ensuite devenu effectif le 29 janvier 2025. L’organisation régionale a toutefois maintenu, à titre transitoire, la reconnaissance des documents d’identité concernés, la libre circulation ainsi que certains mécanismes commerciaux afin d’éviter une rupture brutale des échanges.
Depuis, l’AES cherche à donner un contenu concret à son architecture commune. Les passeports AES ont été mis en circulation et plusieurs organes confédéraux ont été installés. Sur le plan financier, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) a officiellement démarré ses activités en décembre 2025 avec un capital initial annoncé de 500 milliards de FCFA. Elle doit notamment financer les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, le désenclavement et certains projets privés.
La coopération s’étend également aux télécommunications, avec la mise en œuvre annoncée du « free roaming » entre les trois pays, ainsi qu’à l’information et à la culture. Dans le domaine sécuritaire, les États membres poursuivent la consolidation d’une Force unifiée. En juillet 2026, leurs ministres de la Défense ont validé le statut juridique de cette structure, destinée à encadrer les opérations transfrontalières.
L’intégration économique demeure néanmoins confrontée à des contraintes importantes. Les trois économies restent fortement dépendantes de secteurs primaires, notamment l’agriculture et les industries extractives. Le Burkina Faso a enregistré une croissance réelle de 5,3 % en 2025, selon le FMI, tandis que l’institution prévoit 4,9 % en 2026. Pour le Niger, la croissance réelle est projetée à 6,7 % en 2026. Ces performances ne constituent toutefois pas, à elles seules, la preuve d’une intégration économique réussie.
La question monétaire illustre cette distinction. Malgré les annonces récurrentes sur une éventuelle monnaie commune, aucune nouvelle monnaie de l’AES n’a été officiellement mise en circulation à ce jour. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger demeurent dans l’espace monétaire de l’UEMOA et utilisent le franc CFA ouest-africain.
La transformation engagée est donc réelle sur le plan institutionnel, mais son aboutissement économique reste à mesurer. L’enjeu des prochaines années sera de déterminer si les mécanismes créés par l’AES peuvent produire davantage de commerce intra-confédéral, d’investissements communs, d’infrastructures intégrées et de mobilité, tout en maintenant des relations fonctionnelles avec les autres économies ouest-africaines. La recomposition régionale apparaît ainsi moins comme une rupture totale que comme la coexistence progressive de plusieurs niveaux d’intégration en Afrique de l’Ouest.












