
La Somalie traverse une nouvelle crise institutionnelle après la décision rendue, le 5 novembre 2026, par sa Cour suprême contre la prolongation du mandat du président Hassan Sheikh Mohamud. La juridiction estime que les modifications constitutionnelles adoptées en mars ne permettent pas de maintenir l’actuel chef de l’État au pouvoir au-delà de son mandat initial. Cette décision intervient alors que l’exécutif et l’opposition restent divisés sur les conditions de la transition politique et l’organisation des prochaines élections nationales.
La décision de la Cour suprême constitue un tournant dans la confrontation politique qui oppose depuis plusieurs mois les autorités fédérales somaliennes à leurs adversaires. Au centre du différend figure la durée du mandat présidentiel, arrivé à expiration le 15 mai 2026, selon les éléments rapportés par l’Agence France-Presse (AFP). Le gouvernement avait pourtant annoncé une période transitoire supplémentaire d’un an, destinée à préparer les premières élections nationales démocratiques prévues en avril et mai 2027.
Pour justifier cette prolongation, le président Hassan Sheikh Mohamud s’appuyait sur les modifications constitutionnelles approuvées par le Parlement fédéral en mars et promulguées le 8 mars. Ces réformes ont notamment porté la durée des mandats présidentiel et parlementaire de quatre à cinq ans. Toutefois, leur application aux responsables déjà en fonction a suscité des contestations. Les formations de l’opposition et plusieurs responsables régionaux ont boycotté le processus parlementaire, estimant que les nouvelles dispositions ne pouvaient servir à prolonger les mandats des institutions en place.
En examinant le différend, la Cour suprême a considéré que les nouvelles dispositions ne s’appliquaient pas rétroactivement au mandat présidentiel en cours. Elle a donc estimé que celui-ci avait pris fin en mai. Selon les comptes rendus de la décision, la juridiction a également demandé aux acteurs politiques de parvenir à un accord sur un cadre électoral dans un délai de 30 jours et a fixé un délai de 90 jours pour l’organisation des élections. Ces échéances donnent désormais une dimension opérationnelle au différend, même si leur mise en œuvre dépendra de la coopération des institutions et des forces politiques concernées.
La situation s’est compliquée avec l’annonce, dans la soirée du 4 novembre, du limogeage du président de la Cour suprême, Bashe Yusuf Ahmed, par le chef de l’État. La présidence a évoqué des préoccupations relatives au fonctionnement de la justice et annoncé son remplacement par l’ancien magistrat Ibrahim Idle Suleiman. Cette initiative est intervenue avant la publication de la décision sur la durée du mandat présidentiel. La Cour suprême a ensuite déclaré cette révocation nulle et non avenue, estimant que le président ne disposait pas du pouvoir constitutionnel nécessaire pour procéder unilatéralement à ce remplacement.
Cette confrontation soulève une question essentielle : celle de la capacité des institutions somaliennes à régler leurs différends dans le respect des procédures constitutionnelles. La séparation des pouvoirs constitue ici un enjeu concret, puisque la présidence conteste indirectement l’autorité d’une juridiction dont les décisions encadrent précisément l’exercice du pouvoir exécutif. Il reste néanmoins nécessaire de distinguer les décisions officiellement rapportées des accusations politiques formulées par les différentes parties.
Le contexte national renforce la portée de cette crise. Depuis l’effondrement de l’État central en 1991, la Somalie poursuit un processus difficile de reconstruction institutionnelle. Le pays doit également faire face à l’insurrection persistante d’Al-Shabaab, qui mobilise des ressources sécuritaires et affecte la stabilité de plusieurs régions. Parallèlement, les difficultés de financement des opérations internationales de soutien aux forces somaliennes compliquent davantage l’environnement sécuritaire.
La décision judiciaire ne signifie toutefois pas que la crise politique est résolue. Son application effective, la formation d’un consensus électoral et le respect des délais annoncés restent à établir. Les informations relatives à une éventuelle arrestation de Bashe Yusuf Ahmed ne sont, par ailleurs, pas confirmées par les sources consultées. Pour la Somalie, l’enjeu immédiat consiste désormais à éviter que le conflit entre les institutions ne compromette davantage la continuité de l’État. La capacité des responsables politiques à privilégier un règlement institutionnel et électoral constituera un indicateur déterminant de la solidité du processus de reconstruction nationale.










