
La CEDEAO et les Nations unies entendent renforcer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme et la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest. Une rencontre organisée à Abuja le 3 novembre 2026, puis rendue publique le lendemain, a permis aux deux institutions de réaffirmer leur volonté de mieux coordonner leurs interventions. Cette initiative intervient dans une région confrontée à des menaces sécuritaires persistantes et à une recomposition de ses relations politiques et diplomatiques.
La rencontre entre le président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le général Birame Diop, et une délégation des Nations unies conduite par Leonardo Santos Simão, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), traduit une volonté de maintenir le dialogue institutionnel face aux défis sécuritaires régionaux. Selon le communiqué publié par la CEDEAO le 4 novembre, les échanges ont notamment porté sur la lutte contre le terrorisme, la prévention des conflits et la consolidation d’une paix durable. Les deux parties ont également souligné la nécessité d’améliorer leurs communications, de multiplier les consultations régulières et de renforcer leurs mécanismes de concertation.
Au-delà de cette déclaration d’intention, l’enjeu réside dans la capacité des organisations régionales et internationales à transformer leur coopération diplomatique en dispositifs opérationnels. L’Afrique de l’Ouest demeure confrontée à des groupes armés qui exploitent les difficultés de contrôle territorial, les vulnérabilités économiques et les insuffisances institutionnelles de certaines zones frontalières. Les conséquences de cette insécurité dépassent les pertes humaines : elles affectent les échanges commerciaux, les déplacements des populations, les activités agricoles et l’accès aux services publics.
Les données présentées par le secrétaire général des Nations unies devant le Conseil de sécurité, le 18 novembre 2025, donnent une indication de l’ampleur du phénomène. Selon son intervention, le Sahel concentrait alors 19 % des attaques terroristes mondiales et plus de la moitié des décès liés au terrorisme. Le même exposé faisait état d’environ quatre millions de personnes déplacées dans la région sahélienne et les pays voisins. Ces chiffres, qui correspondent à la situation documentée en 2025, illustrent la dimension régionale et humanitaire de la crise.
Cependant, la coopération sécuritaire se heurte à une difficulté politique majeure : la fragmentation des cadres de concertation ouest-africains. Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, a profondément modifié les conditions du dialogue institutionnel. Ces trois pays, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), restent directement concernés par les menaces transfrontalières. Leur participation aux mécanismes de coopération régionale constitue donc une question déterminante.
La CEDEAO et l’ONU devront ainsi concilier les différences diplomatiques avec les impératifs de sécurité collective. Le partage du renseignement, la coordination des dispositifs frontaliers, le suivi des financements illicites et la prévention de la radicalisation nécessitent des échanges réguliers entre États. Une coopération efficace suppose également des ressources financières prévisibles, des responsabilités clairement définies et des mécanismes d’évaluation des résultats.
À ces contraintes s’ajoute la nécessité de dépasser une approche exclusivement militaire. La sécurisation durable des territoires suppose également le rétablissement de l’administration, l’accès à la justice, la protection des populations et la création de perspectives économiques dans les zones exposées. Sans articulation entre sécurité, gouvernance et développement, les opérations militaires risquent de ne produire que des résultats territoriaux temporaires.
La rencontre d’Abuja constitue donc un signal diplomatique favorable, mais elle ne permet pas encore de conclure à la mise en place d’un nouveau dispositif commun de sécurité. Le communiqué ne précise ni calendrier d’exécution, ni financement annoncé, ni mécanisme opérationnel détaillé. La portée réelle de cette initiative dépendra désormais des décisions concrètes qui suivront les consultations. Pour la CEDEAO et les Nations unies, le principal défi sera de construire une coopération suffisamment inclusive pour associer les États concernés, y compris ceux qui ne relèvent plus de l’organisation communautaire. C’est à cette condition que le rapprochement institutionnel pourra contribuer au renforcement d’une architecture de sécurité collective en Afrique de l’Ouest.










