
Le retrait de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), après 35 années de présence, marque un tournant dans la gestion internationale de ce conflit. Le Maroc affirme vouloir continuer à respecter le cessez-le-feu, malgré la fin du mandat onusien. Mais les réactions du Front Polisario et de l’Algérie, ainsi que les circonstances de cette décision, soulèvent des interrogations sur les mécanismes de prévention des tensions et les perspectives d’un règlement politique durable.
Le 4 novembre 2026, le Maroc a réaffirmé son engagement à respecter le cessez-le-feu au Sahara occidental, après l’échec du Conseil de sécurité des Nations unies à renouveler le mandat de la MINURSO. Cette déclaration intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible, marqué par l’absence de consensus entre les membres du Conseil sur l’avenir de la mission.
Le 30 octobre, deux projets de résolution ont été examinés. Le texte présenté par les États-Unis, qui prévoyait une prolongation du mandat jusqu’en octobre 2027, a été bloqué par le veto de la Russie. Onze membres ont voté en sa faveur, tandis que trois se sont abstenus. Une proposition russe visant à reconduire simplement la mission pour une année supplémentaire n’a pas davantage obtenu les neuf voix nécessaires. Onze membres se sont abstenus. Le mandat a donc expiré le 31 octobre.
Créée en 1991 par la résolution 690 du Conseil de sécurité, la MINURSO avait notamment pour fonctions de surveiller le cessez-le-feu et de contribuer à la mise en œuvre du processus politique devant permettre l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Son départ constitue ainsi une modification importante du dispositif international de suivi du conflit.
Les conséquences institutionnelles sont déjà concrètes. Selon les Nations unies, la mission comptait environ 200 personnels civils et militaires issus de plus de 35 pays. Elle disposait de neuf sites opérationnels, dont quatre à l’ouest et cinq à l’est du mur de défense, ainsi que d’un bureau de liaison à Tindouf. Le début de la liquidation administrative et logistique est intervenu le 1er novembre. Le secrétaire général Antonio Guterres a également rappelé que 20 membres du personnel avaient perdu la vie pendant les 35 années d’existence de la mission.
La déclaration marocaine doit cependant être distinguée d’une garantie internationale. L’engagement de Rabat traduit une position officielle, mais ne remplace ni un mécanisme indépendant de vérification ni un dispositif multilatéral de surveillance. Cette distinction est déterminante dans un territoire où les hostilités ont repris en 2020, après plusieurs années de cessez-le-feu.
Le Front Polisario a exprimé ses préoccupations face à la disparition de cette présence internationale, tandis que l’Algérie a regretté l’issue des discussions au Conseil de sécurité. Ces réactions illustrent la persistance de divergences fondamentales entre les protagonistes sur le statut du territoire et les conditions d’un règlement politique.
L’enjeu dépasse toutefois les relations bilatérales entre Rabat et Alger. La fin de la MINURSO intervient alors que le différend oppose deux conceptions du règlement : le projet marocain d’autonomie sous souveraineté marocaine et la revendication du Front Polisario en faveur de l’autodétermination, incluant l’indépendance. Les désaccords portent également sur la légitimité du processus de négociation et sur les modalités de consultation des populations concernées.
Sur le plan sécuritaire, la principale interrogation concerne la capacité des parties à maintenir leurs engagements en l’absence des observateurs militaires internationaux. La disparition de cette présence réduit les possibilités de constatation indépendante des incidents et pourrait compliquer l’établissement des responsabilités en cas de violation du cessez-le-feu. Le secrétaire général des Nations unies a d’ailleurs exprimé ses préoccupations concernant la situation sécuritaire et les risques d’escalade, appelant toutes les parties à faire preuve de retenue.
Pour autant, la fin des opérations de la MINURSO ne signifie pas la disparition de toute implication des Nations unies. L’organisation a indiqué que son envoyé personnel pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, continuerait à soutenir les efforts de dialogue en vue d’une solution politique pacifique. Cette continuité diplomatique constitue un élément important, même si elle ne remplace pas les fonctions opérationnelles de la mission.
À l’échelle régionale, l’évolution du dossier pourrait également peser sur les relations entre le Maroc et l’Algérie, dont les divergences constituent un facteur majeur de blocage de l’intégration maghrébine. Elle intéresse aussi les partenaires internationaux, notamment les membres permanents du Conseil de sécurité, dont les positions divergentes ont contribué à l’impasse institutionnelle actuelle.
En définitive, la question centrale n’est plus seulement celle du respect déclaré du cessez-le-feu par le Maroc, mais celle des conditions concrètes de son maintien. Sans dispositif indépendant de surveillance et sans compromis politique accepté par les protagonistes, la stabilité du territoire demeure exposée à des incertitudes. La poursuite de l’engagement diplomatique des Nations unies, la retenue des parties et la recherche d’un cadre de dialogue crédible seront déterminantes pour éviter que la fin de la mission ne fragilise davantage une situation régionale déjà complexe.










