
L’expulsion de six membres du personnel consulaire soudanais par l’Éthiopie marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations entre Addis-Abeba et Khartoum. Décidée avec un délai de 48 heures, cette mesure intervient alors que les deux gouvernements échangent des accusations portant sur leur implication présumée dans les conflits internes de leurs voisins. Au-delà de la dimension diplomatique, cette confrontation soulève des interrogations sur les risques de propagation des crises sécuritaires dans la Corne de l’Afrique.
La mesure intervient après une série d’accusations réciproques concernant le soutien présumé à des groupes armés actifs dans les deux pays. Le Soudan affirme que les Forces de soutien rapide (FSR) utilisent le territoire éthiopien pour conduire des opérations de drones contre des infrastructures soudanaises. Addis-Abeba conteste ces accusations et met en cause, à son tour, l’implication présumée de Khartoum dans les activités de groupes rebelles éthiopiens.
Selon Reuters, qui cite un haut responsable éthiopien le 4 novembre 2026, les six agents concernés exerçaient au consulat soudanais d’Assosa, dans la région de Benishangul-Gumuz, à proximité de la frontière soudanaise. Ils ont reçu l’ordre de quitter le territoire dans un délai de 48 heures. L’agence précise que le responsable n’a pas communiqué de justification officielle à cette décision. Associated Press rapporte également que les autorités éthiopiennes ont ordonné la fermeture du consulat. Cette mesure constitue un nouvel épisode dans la détérioration des relations diplomatiques entre les deux États.
Le différend dépasse désormais la seule question consulaire. Khartoum a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine pour dénoncer l’utilisation présumée du territoire éthiopien par les FSR. Les autorités soudanaises évoquent notamment des attaques de drones visant des installations électriques et d’autres infrastructures civiles. Ces accusations n’ont toutefois pas été établies de manière indépendante. L’Éthiopie nie toute assistance aux FSR.
En retour, Addis-Abeba accuse le Soudan, l’Égypte et l’Érythrée de soutenir des groupes tigréens opposés au gouvernement fédéral. Les trois pays rejettent ces allégations. Cette confrontation intervient dans un environnement diplomatique déjà fragilisé. Associated Press rappelle que l’Éthiopie avait expulsé dix diplomates érythréens en octobre et un diplomate égyptien le mois précédent. Les relations entre Addis-Abeba et ses voisins sont également affectées par des différends sécuritaires et stratégiques, notamment autour de l’accès à la mer Rouge et du partage des ressources du Nil.
La dimension régionale de cette crise tient surtout à l’imbrication de plusieurs conflits. Au Soudan, la guerre opposant l’armée régulière aux FSR depuis avril 2023 a profondément déstabilisé le pays. Selon les chiffres onusiens cités par Reuters, plus de 14 millions de personnes ont été déplacées. L’Organisation internationale pour les migrations estime, dans son bilan publié en mai 2026, que plus de 15 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, à l’intérieur du pays ou au-delà des frontières. Ces déplacements exercent une pression supplémentaire sur les pays voisins et les dispositifs humanitaires.
Pour autant, une confrontation diplomatique ne signifie pas automatiquement une guerre entre États. Les accusations relatives aux opérations de drones, si elles étaient confirmées, soulèveraient néanmoins des questions importantes de souveraineté territoriale et de sécurité collective. Leur vérification indépendante demeure donc essentielle.
La crise soudano-éthiopienne constitue ainsi un facteur de vigilance pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique. La poursuite des échanges diplomatiques, l’examen des plaintes par les instances internationales et africaines et la prévention des incidents frontaliers seront déterminants. Pour l’Union africaine, l’enjeu consiste à éviter que des conflits internes déjà dévastateurs ne se transforment en une confrontation régionale aux conséquences humaines, économiques et sécuritaires plus larges.










